Mercredi 23 Novembre 2005
L’État et une partie de notre jeunesse : le divorce dans la haine

Rédacteur Agoravoxlogo Europeus

Les causes des violences urbaines récentes sont multiples et seraient longues à traiter, je ne les traiterai donc pas ici. Cependant, ce qui est le plus frappant, le plus alarmant, c’est la volonté de leurs auteurs de s’attaquer autant aux forces de l’ordre qu’aux pompiers ou même parfois aux médecins. On pourrait dans certains cas l’interpréter comme un rejet d’une certaine classe sociale mais force est de constater que c’est loin d’être une majorité. D’autre part, outre les incendies de voitures ou de poubelles, qui constituent des “combustibles” privilégiés, il faut aussi s’interroger sur les attaques contre les biens publics que sont les écoles, les gymnases, les autobus, etc. Ces multiples cibles qui ne symbolisent malgré tout l’autorité que d’assez loin. 

Tous ces éléments s’apparentent plus à ce qui pourrait être assimilé à l’État au sens administratif plutôt que répressif. En effet, les habitants de ces quartiers n’ont pour image de l’État bien trop souvent que ses facettes répressives ou administratives. Ces dernières, lorsqu’elles ne sont pas assimilées à de la répression, semblent bien constituer alors pour eux le symbole d’une oppression. Il ne semble donc pas inutile de s’interroger sur le pourquoi de cette perception sur ces couches défavorisées de notre population.

L’Administration… Un terme vague qu’il importe de définir en fonction de cette perception. Celle-ci n’étant d’ailleurs pas si éloignée de celle que nous en avons tous au quotidien. Si cette entité tentaculaire regroupe des services publics dispensant des aides et des revenus comme les allocations elle est aussi constituée des services ayant en charge d’en reprendre : ce sont les impôts et taxes sous toutes leurs formes mais aussi la redevance télévisuelle, par exemple. Comme pour toute perception, nous retenons plus efficacement les ressentis négatifs que l’inverse, c’est le phénomène du train en retard. Pour combien de citoyens l’administration n’est-elle perçue en priorité négativement que par le simple fait de penser aux impôts ou au Trésor public ? Les habitants des quartiers difficiles vivent au quotidien une situation non seulement d’exclusion mais aussi de discrimination. L’administration française, malheureusement, n’échappe pas à cette mauvaise contribution. Par phénomène tout à fait compréhensible et naturel, les postes publics administratifs échoient à des Français disposant du niveau scolaire suffisant à réussir le concours d’admission. Or ce niveau scolaire est de plus en plus rarement atteint par les habitants de ces quartiers qui, lorsqu’ils le peuvent, n’accèdent bien souvent qu’aux postes de voirie ou de nettoyage public. Il s’ensuit un sentiment de relégation aux postes perçus comme les plus dégradants, comme pour leurs parents ou grand-parents que l’on a fait venir pour effectuer les tâches les plus ingrates. Ce sentiment les conduit à croire que l’État ne veut d’eux que pour cela puisqu’ils ne se sentent pas toujours responsables, parfois à juste titre, de leur insuffisance scolaire. Ces effets d’image sont accentués jusqu’aux services communs comme la télévision publique. Lorsqu’il s’agit de payer la redevance alors que la discrimination est flagrante sur nos écrans, comment s’étonner de l’amplification de ce phénomène ?

À ces discriminations qui constituent la face émergée de l’État s’ajoutent les exclusions et incompréhensions administratives. En effet, par tradition, notre administration adopte un langage hermétique, un culte du silence et du secret d’autant plus incompréhensibles pour le citoyen lambda que son niveau d’éducation est faible. Les parents immigrés ont eu les plus grandes difficultés à s’y adapter et pour beaucoup d’entre eux n’y sont jamais parvenus sans se faire aider par des assistantes sociales. En vieillissant ils s’attendaient donc légitimement à ce que leurs enfants les secondent pour toutes leurs démarches. Mais ceux-ci se retrouvent en trop grande partie en échec scolaire, d’où un sentiment d’exclusion qui est pratiquement perçu comme une fin de non-recevoir puisque de toute façon il leur faudra payer sans même parfois comprendre pourquoi. Si l’on ajoute à cela leur exclusion de la représentation politique et la perception bien réelle des corporatismes qui sont quasiment les seuls pourvoyeurs de l’État en dirigeants politiques et administratifs de haut niveau, donc les plus médiatiques et visibles, il nous faut bien comprendre que le fonctionnement de l’État induit chez eux un sentiment de discrimination d’autant plus fort qu’ils n’ont aucun moyen de se soustraire à son administration. Tous ces sentiments, ces rejets sont basés sur une ignorance du fonctionnement de nos institutions aisément compréhensible puisqu’il faut parvenir jusqu’à certaines études supérieures pour en apprendre leur fonctionnement. Il n’est pas rare, loin s’en faut, d’entendre nos adolescents, même s’ils ne font pas partie de quartiers difficiles, confondre tous les pouvoirs sous le même chapeau : police municipale ou nationale, justice, agents municipaux, élus, tout cela pour eux ne représente que bien trop souvent une seule et même forme d’autorité. Comment leur demander d’être un citoyen actif et responsable alors qu’on leur a supprimé l’instruction civique puis le service national ? Pour revenir sur cette situation, réduire ces injustices, il nous faudra non seulement repenser l’exercice politique mais aussi et surtout notre administration.

Nous avons peut-être perdu une partie non négligeable de notre jeunesse, il s’agit expressément aujourd’hui de passer aux actes afin de ne pas perdre la génération suivante. Nous ne pourrons nous exonérer ni de ces erreurs ni de ce mépris. Quoi que l’on pense ou dise de cette catégorie de notre population composée de ces adolescents défavorisés, elle est le miroir de notre société malade. Elle nous renvoie, collectivement, non seulement nos carences mais aussi notre manque de considération et notre mépris vis à vis de leurs parents, à qui on avait promis un avenir meilleur pour leurs enfants. Ces derniers ne savent pas ce qu’est le travail valorisant et ne connaissent pas l’État dont ils portent la nationalité. Mais pire que tout, beaucoup d’entre eux ne savent même pas ce que représente l’éducation et la culture, qu’ils qualifient parfois de “bouffonnerie”. Ayons la décence de ne pas perpétuer ces graves erreurs, il en va des valeurs mêmes de la France.

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Publié par José
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