En réponse à l’article de Philippe Bilger, ”Réactions aux réactions”.
Le rap violent est le prétexte à la violence incriminé par ceux qui ne connaissent pas les environnements culturels qu’ils ne fréquentent et ne fréquenteront probablement jamais. Je le dis sans faire aucun procès d’intention mais un constat. On a eu tant critiqué Renaud, on n’en pensait pas moins de l’humour de Coluche. Le rock c’était La souris Déglinguée ou les Béruriers Noirs mais aussi Noir Désir ou Silmarils. Le rap c’est Monsieur R ou NTM mais aussi I’am… Tous les amateurs de I’am fuient-ils la délinquance et tous ceux de NTM y sombrent-ils ? Non, évidemment… Pourtant certains le feront. Le même procès fut intenté aux jeux de rôle ou aux jeux video, etc. Tous ces mouvements créatifs ne font que relater ou amplifier la réalité que vivent leurs créateurs. Que cette réalité puisse être différente est un fait qui ne doit pas occulter la vue de cette différence.
Croyez-vous, M. Bilger, que je vive la même réalité que votre frère Pierre lorsque nous échangeons sur les entreprises, l’emploi ou les hauts revenus alors que je suis chômeur sans aucune ressource ? Certaines déclarations de grands patrons, voire de ministres dans l’hémicyle déclarant que les chômeurs ne cherchaient qu’à ne rien faire (Jean Auclair, député UMP à l’Assemblée nationale), d’autres, comme celles des dirigeants du MEDEF, ne sont-elles pas violentes pour nous au quotidien ? Leurs positions inciteraient-elles tous les patrons à licencier ? Devrais-je les généraliser ? Savez-vous combien de fois je me suis demandé avec colère si c’était bien cela ma France ? Si le langage gêne que devrait-on penser de celui, “fleuri”, de Jean-Marie Bigard ? Ses admirateurs parlent-ils tous comme lui ou vont-ils le voir justement parce qu’ils ne le font pas ? Roméo et Juliette auraient-ils incité tous les couples d’adolescents interdits à se suicider ensemble où l’histoire fut-elle inspirée d’une réalité ? Il ne faudrait pas prendre les évènements à l’envers… Les musiques, leurs paroles, les loisirs, les arts ne sont que des reflets de nos sociétés. Ils ne la conditionnent pas.
Ce que l’on peut regretter aujourd’hui par contre à mon sens, c’est la perte de valeurs pour l’imaginaire personnel, l’onirique, la part du rêve. Le matérialisme, le consumérisme, les modes sont partout. Certains adolescents d’aujourd’hui, beaucoup trop à mon goût, ne lisent plus. Ils s’immergent dans l’ “hyper-réalité” des jeux de guerre à la première personne. Ils ne supportent plus le silence parce qu’on ne leur a pas appris à structurer leurs pensées ou donné le goût de l’imagination dans laquelle baignaient les jeux de rôle fantastiques par exemple. Ils préfèrent subir les images distrayantes mais violentes sur lesquelles ils ne se poseront aucune question. Ils ne lisent pas Isaac Asimov ou Philip José Farmer mais regardent des mangas animés. Pour s’endormir ils ne lisent pas mais mettent en marche leur téléviseur ou leur radio-cassette sur minuterie pour ne pas avoir à réfléchir. Ceux qui ont la chance d’évoluer dans un environnement intellectuel, social et financier favorables ont les avantages qui vont de pair : milieux scolaire et éducatif en rapport de leur environnement familial. Tous ne sont pourtant pas de bons adolescents au dessus de tout reproche. Parallèlement il se produit le même phénomène dans les quartiers plus défavorisés mais pas avec les mêmes accessits, serait-ce si difficile à concevoir ? Croire que leur musique influence leurs actes c’est les croire incapables de discerner leur réalité de sa retranscription artistique. C’est aussi incohérent que de croire, par exemple, que le catéchisme pousse tous les adolescents qui le suivent à intégrer les Ordres… Encore une fois, certains le feront. Mais “certains”, ce n’est jamais une généralité. Pour donner envie à nos enfants de suivre notre modèle il faut tout simplement que ce modèle soit attrayant, sinon ils s’évadent. C’est aux forces de l’ordre et à la Loi de sanctionner les écarts mais c’est à nous parents, adultes et citoyens de leur redonner le goût du rêve. Surtout avec ceux dont les parents ont le plus grand mal à le faire. Cette société, cette culture c’est aussi la nôtre, même si nous n’en partageons pas toutes les facettes.
Et pour conclure avec une image relative aux chants de guerre qui ne sont surtout destinés qu’à impressionner, tout bon militaire en position de force sait qu’il ne faut jamais encercler totalement sinon c’est le carnage pour les deux parties. Il faut toujours laisser une échappatoire, toujours. Qu’il ne nous plaise pas est notre droit. Mais c’est bel et bien la leur.



