Mercredi 04 Janvier 2006
Les “blogueurs entrepreneurs”, l’air du temps, le vent et les techniciens…

Ajout du 17 janvier : lire aussi les interrogations de Samantdi sur la blogosphère ici.

Les blogs sont à la mode parce qu’ils ont apporté à l’Internet une nouvelle façon interactive de communiquer. Là où les chats permettent une conversation, voire un brouhaha, en temps réel, là ou les forums ne sont essentiellement destinés qu’à poser des questions et recevoir les réponses, là ou les sites personnels bien souvent n’offraient que vitrine sans porte d’entrée les blogs ont su parfaitement intégrer ces imperfections ou absences pour en tirer les meilleurs moyens de communication dynamique. La réussite technologique est évidente, c’est l’air du temps.

Cependant ils n’ont rien inventé, rien apporté d’autre qu’une facilité supplémentaire pour communiquer. Ah la communication… Que ne lui alloue-t-on pas comme qualités à cette communication ? Et bien il va me falloir bien décevoir du monde mais la communication en lieu et place de la discussion c’est du vent. Celui qui communique ne l’est pas forcément mais sa communication l’est souvent. On aime tous le vent lorsqu’il fait chaud et dans la blogosphère on aime bien avoir chaud. Pour autosatisfaction, celui qui a le plus chaud fait le plus de vent et les autres viennent chercher ce vent d’air chaud qui, un peu comme la limonade donne soif, appelle encore plus de vent…

Se plaire à critiquer continuellement les “papes” de la blogosphère mais pourtant les lire, suivre les commentaires, en laisser et même écrire des articles pour bien expliquer pourquoi on aime taper sur le pape en question, c’est ce que l’on pourrait appeler entrer dans le vent. Chacun fait ce qu’il veut évidemment mais quel est l’intérêt si cela ne suscite aucun débat de fond ou échange d’idées ? Rien, c’est du vent. Remarquez, le vent on le sent au moins, et en communication on l’appelle la visibilité.

Se plaire à montrer des photos où l’on exerce tel ou tel sport de priviligié dans un coin du globe destiné aux “encore plus privilégiés”, ça n’apporte rien non plus à la société mais ça rafraîchit : c’est du vent…

Bloguer pour se distraire sur son lieu de travail, c’est du vent. Lorsque je constate la production quantitative de ce type de blogs, je me dis par ailleurs qu’il y aurait largement de quoi augmenter notre productivité et qu’une hypocrisie sans nom règne dans ce milieu : il est aisé de taper sur les chômeurs qui seraient des assistés alors que l’on profite d’avoir suffisamment de temps libre au travail pour ses loisirs et donc pour ne pas être productif… Enfin bref, c’est un vaste débat avec un nombre de composantes conséquent. Mais c’est du vent.

Sur les millions de blogs accessibles sur la toile je crois sincèrement qu’il y en a des millions moins quelques centaines qui sont du vent, du loisir, du passe-temps, qu’ils n’entraînent aucun débat et qui n’informent pas.

Et les entrepreneurs dans tout ça ? Entrepreneur est un joli mot, n’est-ce pas ? Mais que veut-il dire ? Qu’est-ce qu’un entrepreneur ? Est-ce une personne qui crée des entreprises ? Quelqu’un qui entreprend quelque chose ? Si c’est une personne qui crée des entreprises, ma compagne Gaëlle en est une, si c’est quelqu’un qui entreprend quelque chose, j’en suis un aussi avec mon association. Mais globalement j’avoue que j’ai du mal à situer quelles caractéristiques ce mot regroupe. Avoir des projets ? Les partager ? Dans ces cas là il ne faut surtout pas oublier la responsabilité sociale d’un entrepreneur : certaines personnes, pourtant souvent du même domaine professionnel que ceux qui aiment le vent, n’ont pas le loisir d’en faire et de le partager. Leur activité principale, ni même secondaire, n’est pas le loisir : c’est, ou ce devrait si les opportunités étaient plus nombreuses, être la recherche d’emploi parce qu’on ne vit pas avec du vent. Lorsque ces personnes intègrent un projet bénévole, y participent, elles le font parce qu’elles en attendent une expérience, des compétences supplémentaires pour espérer améliorer leur situation d’une façon ou d’une autre. Et ça ce n’est pas du vent.

Lorsque ceux qui ont une activité bloguent, ils le font souvent en rapport avec. Ils en retirent une expérience, ils construisent parfois un plan de carrière et en attendent un retour. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour ceux qui cherchent une activité ? La première question d’un entrepreneur lorsqu’on lui demande d’intégrer un projet est la suivante : que va en retirer mon entreprise ? Il en va de même individuellement pour ces chômeurs, ils ne se nourrissent pas de vent.

Les réseaux de relations ou “réseaux sociaux” sur Internet sont aussi hermétiques que dans le réel, l’Internet n’apporte rien de plus si ce n’est le vent. En effet tout le monde peut lire les blogs de certains “grands” du monde des affaires, de la communication, à la limite communiquer avec eux comme on pourrait le faire en les croisant dans un café mais la plupart du temps ils ne s’intéresseront pas à ceux qui ne sont pas de leur monde, ils ne font que partie de “leur” vent. Ils ne leur apportent rien, aucune visibilité, ils ne déposeront donc aucun commentaire sur leur blog ni ne feront aucun article à leur sujet. À l’inverse, ce n’est pas parce que l’on va écrire que tel ou tel “grand” blogueur est un con qu’il vous répondra. Il est trop occupé à tenir sa cour et s’il est plutôt sage et calme il ignorera superbement ou à la limite accusera réception si l’envoi fut fait en recommandé.

Il y a un phénomène récurrent dans la société, qui est incontestable : le manque d’empathie. Les sociétés individualistes dans lesquelles nous vivons n’incitent pas à l’empathie, et les blogs accentuent ce phénomène. Centrés sur eux, sur leur visibilité, sur leur audience, leur blog joue l’effet sur les blogueurs du miroir du conte de Blanche-Neige : dis-moi que ce que je fais est bien. Beaucoup d’entre eux, souvent de bonne foi, n’exposent pas leurs idées mais en attendent seulement les retours positifs. Parfois même ils ne se demandent pas si elles sont bonnes mais imposent le fait qu’elles le soient. Lorsqu’elles leur sont contestées ils en changent et en trouvent une autre puis la testent. Tant pis pour ceux qui l’auront partagée et qui auront suivi… C’est un comportement égocentrique, narcissique qui induit le consensus général puisqu’ils n’en viennent qu’à proposer des sujets, des articles ou des idées qui seront le plus largement admises.

Ainsi en va-t-il de la défiance des gens d’ “en bas” envers ceux d’ “en haut”. Il est de bon ton de le critiquer politiquement puisque quasiment tout le monde sera d’accord mais il n’est pas de bon ton d’admettre que l’on n’a aucune raison de se plaindre de cette société puisqu’elle nous aura réussi. Tout autant que d’admettre que le même phénomène a lieu envers les élites d’entreprise et qu’il faudrait y remédier… Il est de bon ton de passer pour le défenseur des faibles et des opprimés mais pas d’admettre que l’on ne les connait pas. Mais chassez le naturel il revient au galop, essayez de construire un projet citoyen, un projet bénévole, dégagé de tout sens de profit ou de publicité, de visibilité (le vent), mais bénéfique pour la société et ceux-là considèreront aussitôt que si ce n’est pas inutile, ce n’est pas pour eux, que ce doit être laissé aux autres qui paradoxalement n’ont pas du tout les mêmes moyens. Il n’y a rien à gagner, aucun profit financier à réaliser avec ce genre de projets, c’est donc une perte de temps. Et encore je ne parle même pas d’investir de l’argent… De cette façon, avec du vent, on peut donc entreprendre des tas de projets, émettre des idées par tonnes, y entrainer un nombre conséquent de personnes qui auront cru voir en ceux qui les émettaient des personnes capables de mener à bien concrètement des projets mais il n’en est souvent rien. Bien sûr, il sera toujours possible de répondre que d’avoir énormément de projets laisse peu de temps pour chacun d’entre eux mais souvent c’est encore du vent. Personne ne peut mener à bien beaucoup de projets simultanément. Mais l’illusion Internet est des plus faciles : on peut les écrire, jeter de simples pensées qui en fait ne sont pas des idées, ouvrir pourquoi pas un blog, souvent gratuit, pour chacune d’entre elles, aller chercher des personnes susceptibles d’être intéressées pour faire parler d’un projet avant qu’il n’existe réellement, et on fait du vent sans difficulté technique… Cependant on n’aura mené à bien aucun de ces projets. Tant pis pour ceux qui y auront cru.

La blogosphère est un miroir de la société, à ceci près qu’elle favorise les égos. Ainsi celui qui aura réussi pourra se permettre de jeter des tas d’idées en affirmant que si lui a réussi, pourquoi pas les autres ? En poussant parfois le cynisme ou l’ignorance, les deux ne sont pas toujours faciles à discerner, jusqu’à affirmer qu’il est facile d’avoir des idées puisqu’eux en ont plein…

Ces comportements, bien que très souvent involontaires mais dus à l’ignorance, sont cyniques, déplacés et méprisants. Il serait temps que leurs auteurs s’en rendent compte. L’ignorance existe aussi ici : un blogueur qui ne sait pas ce qu’est le chômage ne peut pas le comprendre. Un blogueur qui n’est pas privé de tout revenu, mais qui est inactif parce qu’il a revendu sa société, par exemple, et vit de cela en attendant un nouveau projet, ne peut pas comprendre la nécessité pour d’autres de retirer quelque chose assez rapidement de leurs activités sur la toile.

Un dirigeant d’entreprise qui n’a toujours fait que de la gestion économique ou de personnel ne peut pas comprendre qu’il ne suffit pas de jeter des idées sur l’Internet pour les voir se réaliser. Il faut pour ça des techniciens, des développeurs, une base tout simplement sur laquelle s’appuyer. Dans une entreprise ce sont des employés qui sont payés pour ce faire. Si vous êtes entrepreneurs et que vous avez réellement un projet, regroupez-vous, créez une entreprise et embauchez, ne vous contentez pas de le mener avec des personnes qui ont déjà du travail et de l’activité, des revenus, et portez ce projet avec vos qualités de dirigeant. Vous contribuerez ainsi à la lutte contre le chômage et stimulerez la concurrence chez ceux qui ont déjà une activité et que vous n’aurez pas intégré dans votre projet. C’est cela la responsabilité sociale d’un entrepreneur, pas de faire du vent dans sa corporation.

Les “blogueurs-entrepreneurs” alter-égoïstes, comme ils aimeraient bien le prétendre s’ils en avaient le temps, pourraient prendre leur hébergement chez un hébergeur associatif mais n’en ont pas le temps.
Les “blogueurs-entrepreneurs” alter-égoïstes, comme ils aimeraient bien s’afficher comme tel s’ils en avaient le temps, pourraient bien s’engager à aider chacun un chômeur par mois par leur tissu de relations, mais n’en ont pas le temps.
Les “blogueurs-entrepreneurs” alter-égoïstes, comme ils aimeraient en rallier les causes s’ils en avaient le temps, pourraient cotiser à des associations mais n’en ont pas le temps.
Les “blogueurs-entrepreneurs” alter-égoïstes, comme ils aimeraient à s’en déclarer s’ils en avaient le temps, souhaiteraient avoir du temps pour faire tout ça mais n’en ont pas le temps.

Et ceux qui ont le temps ? Parce que malgré tout cela, il est des gens prêts à intégrer un projet rationnel dans la mesure où, à défaut de leur apporter des revenus, il leur permettrait d’acquérir des compétences, ce qui est mon cas.

Ce blog, ce site entier La e-Cité, a été entièrement mis en oeuvre par mes soins. Ce ne sont pas des blogs ouverts sur une plate-forme gratuite ou payante. Ils sont situés sur un hébergement mutualisé que je loue, le logiciel utilisé est un des plus puissants CMS entièrement configurables et adaptables qui soit sur le marché : ExpressionEngine.
Ce que vous voyez ici n’en est que la face visible : il gère tout aussi bien les blogs multi-catégories que multi-auteurs, une communauté avec une gestion hiérarchique des membres, une messagerie privée, la gestion des profils, des forums, des listes de diffusion, même des pages statiques, etc. Il permet avec un minimum de programmation ou de développement (ce dont je ne dispose pas même si je m’y évertue en autodidacte) d’adapter le site à tout ce dont pourrait avoir besoin une communauté ou des groupes de travail. Il est basé sur PHP-MySQL et son code est entièrement accessible et modifiable même s’il n’est pas en licence libre. Si je l’ai mis en oeuvre et que je l’administre je peux faire intégralement de même, avec un temps d’adaptation, sur n’importe quelle plate-forme de même type comme SPIP, MediaWiki, Dotclear, Seagull, PhpBB, etc.

Cet hébergement je l’ai payé, comme les logiciels (le CMS et son module forum). J’en suis leur traducteur français et je les ai installés, paramétrés, exploités. J’en ai fait intégralement seul la mise en oeuvre, tout autodidacte récent que je suis. Ce n’est certes pas un exploit mais combien d’entrepreneurs blogueurs, de dirigeants blogueurs pourraient le faire ? Se rendent-ils compte que lorsqu’ils acceptent de payer pour un blog chez une plate-forme privée il y a quand même des gens comme moi qui s’activent à faire en sorte que cela fonctionne ? Que toutes ces personnes, ils ne les voient pas ?

En ce cas, me rétorquerez-vous, pourquoi ne pas avoir agi de même alors que dans le court terme cela m’aurait probablement couté moins cher ? Parce que justement, ce qui plait réellement aux techniciens comme moi, c’est de mettre en oeuvre, d’explorer les techniques qu’ils ne connaissent pas, tester, évaluer, adapter ou améliorer en fonction des besoins, dépanner, acquérir de nouvelles compétences, etc. Moi aussi, même si je suis chômeur, j’essaie d’investir le peu que j’ai pour mon avenir. Ma présence sur l’Internet n’est pas qu’un passe-temps ou un loisir, c’est aussi pour moi le seul moyen de pratiquer la technique. La différence entre les “entrepreneurs”, les “dirigeants”, les “basses-cour” et les techniciens c’est que les derniers, généralement, ne font pas de vent. Ils ont peu d’idées puisque ce n’est pas leur rôle, mais les réfléchissent, évaluent leur rationalité, les organisent puis les mènent à leur terme. Leur travail ne s’arrête cependant pas là puisqu’ensuite ils maintiennent ces projets. Leurs réalisations sont concrètes, elles existent et ce sont celles que vous utilisez sans le savoir. Ce n’est pas parce qu’ils sont la plupart du temps superbement ignorés qu’ils n’existent pas. Ils ne sont que rarement blogueurs comme visibles, ils n’en ont réellement pas le temps, eux.

La nuance dans le degré d’ignorance, c’est que ce sont eux qui travaillent pour que les autres, y compris les “visibles” de la blogosphère et les “blogueurs-entrepreneurs” alter-égoïstes, puissent profiter du vent…

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Publié par José
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