Jeudi 27 Octobre 2005
Le cannabis et les idées reçues

Publié pour la première fois sur mon ancien blog, La France d’en Bas le 18 février. Le festival de Morlaix m’a incité à le replacer ici.

Il faut savoir de quoi l’on parle au sujet du cannabis.Ce qui se consomme le plus fréquemment en France n’est pas de l’herbe (ou chanvre indien) mais sa résine, contrairement aux pays où la consommation est autorisée ou tolérée. Cette résine est transformée, conditionnée, « coupée » parfois. Les objectifs de ces manipulations n’ont qu’un seul but : faciliter le trafic. En effet, à poids égal, la résine de cannabis ou haschisch (plus communément appelée « chit », « bédo », « chichon » ou autres noms ésotériques) est de 20 à 50 fois moins volumineuse que la plante et le rapport est sensiblement le même quant à l’odeur. On comprendra donc aisément le pourquoi de l’extraction de la résine qui présente une concentration de produit actif évidemment beaucoup plus élevée. De surcroît, les revendeurs intermédiaires peuvent « couper » cette résine en y ajoutant des produits neutres voire nocifs de manière à en augmenter le poids. La concentration en THC (tetrahydrocannabinol, molécule active du cannabis) diminue alors mais ce n’est pas grave, seul celui qui l’achètera en sera lésé, les marchés se négociant en poids et non en qualité. Voilà pour le produit en lui-même.

Passons maintenant à sa consommation. Il n’a jamais été prouvé à ma connaissance de dépendance physique au cannabis mais psychologique au même titre qu’une altération artificielle de l’esprit (par psychotropes, y compris les médicaments) prolongée rend dépendant. Par contre pour consommer du haschisch il faut le mélanger au tabac. Le tabac contient des produits nocifs (par centaines) dont certains ont été volontairement ajoutés pour créer une dépendance physique (ce serait un excellent sujet de débat par ailleurs puisqu’on préfère augmenter le prix des cigarettes afin de réduire le trou de la sécurité sociale plutôt que de forcer les fabricants à retirer de leur composition ces produits mortifères).

On en déduira donc facilement qu’un consommateur débutant de résine de cannabis mais non fumeur de tabac, même s’il décide d’arrêter sa consommation stupéfiante, a de fortes chances de se retrouver « accro » au tabac qui lui aura permis de véhiculer le THC. La résine de cannabis est donc un mauvais choix quelque soit le point de vue selon lequel on se place sauf de celui du trafiquant. Elle entretient les organisations criminelles, ruine la santé parce qu’elle n’est jamais « pure » (on y a même retrouvé du cirage) et force à la consommation de tabac qui lui est une substance légale mais notoirement nocive.L’herbe quant à elle, en tant que produit naturel, ne présente pas tous ces inconvénients. Elle se fume pure et n’engendre que très peu de trafic comparativement à sa résine pour les raisons que j’ai citées plus haut. Elle ne contient pas de nicotine ni de substances chimiques toxiques comme l’ammoniac (présent dans les cigarettes) et possède des vertus médicinales reconnues par nombre de médecins voire d’états étrangers. Voilà pour les différences entre les deux formes du cannabis.Je tiens de nouveau à préciser que je ne fais l’apologie de rien mais si l’on veut débattre il faut le faire objectivement. A ce titre il convient d’apporter quelques rectifications à des idées reçues. Si les molécules de THC sont effectivement détectables quelques semaines après leur consommation, elles n’agissent plus depuis longtemps, elles sont simplement beaucoup plus longues à éliminer que l’alcool, qui lui est un liquide, donc absorbé différemment. La raison en est simple : les résidus d’intoxication pulmonaire sont toujours plus difficiles à évacuer. Un gros fumeur met environ dix ans après s’être arrêté à retrouver des poumons « propres », un gros buveur ne mettra que quelques heures à éliminer toute trace d’alcool dans le sang. Les risques de choc médical à l’usage du cannabis sont inexistants en comparaison à l’alcool ou à d’autres stupéfiants : il ne provoque pas d’overdose ni de coma éthylique, tout au plus quelques nausées ou vomissements lors de la première prise (c’est aussi le cas parfois avec la cigarette) et un besoin de sommeil urgent en cas d’excès.Quant aux effets psychologiques ils se rapprochent plus d’un effet relaxant qu’euphorisant ou stupéfiant comme c’est le cas d’autres substances plus « dures ». L’éventail sensoriel est diminué mais le consommateur en est conscient car le cannabis ne diminue pas les capacités intellectuelles, bien au contraire, et augmente même provisoirement les capacités de concentration. Ainsi l’usager perd de sa plage sensorielle mais peut se focaliser sur un ou plusieurs sens. Il en résulte que lors de la conduite, par exemple, l’usager éprouve la sensation d’une vitesse beaucoup plus élevée que réelle et n’aura donc pas tendance à accélérer. Les accidents liés à sa consommation seule sont très souvent de simples accrochages, les accidents graves étant liés quasiment toujours à l’absorption mixte d’alcool et de cannabis, deux substances aux effets contraires mais qui forment une combinaison désastreuse.Combien de jeunes après avoir bu quelques apéritifs n’iront pas se prendre pour Fangio au volant ? Alors que c’est plutôt l’inverse après quelques joints si la consommation d’alcool n’a pas eu lieu. Quant aux effets sur le comportement social il est facile pour ceux qui ont côtoyé les deux types de consommateurs de faire la différence entre les « fumeurs » et les « buveurs ». Un groupe ayant abusé de l’apéritif en viendra toujours aux conversations enflammées, voire trop et parfois même en viendra aux mains. Ce n’est pas le cas avec les « fumeurs », l’effet relaxant n’incitant guère à la violence.Alors quelle attitude adopter ? Planter de l’herbe est interdit, comme pour le tabac d’ailleurs, et pourtant les Pays Bas ont éliminé le trafic de haschisch en légalisant l’herbe, ils ne favorisent donc aucun trafic en provenance de pays dont nous connaissons les situations. Les plus gros pays trafiquants de cannabis sont les pays d’Amérique du sud et du Maghreb ou du Moyen Orient, on imagine assez aisément dans quelles conditions est réalisée la production. Ne pas fumer, ne pas boire, ne pas abuser des mauvaises graisses, etc. ? Vivre dans un monde aseptisé ? L’alcool et le tabac tuent plus et font plus de dommages sociaux en un an que toute l’herbe fumée n’en fera jamais en cinquante. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille l’inciter, loin s’en faut, mais qu’il faut cesser de diaboliser le cannabis si l’on veut un débat sincère. Aujourd’hui les seules personnes habilitées à mener ce débat publiquement sont tous des gens propres sur eux, soignés, n’ayant aucun vice et ne consommant pas le produit qu’ils prétendent interdire. Ils cautionnent la nocivité du tabac mais le fument, ils interdisent le cannabis sans le fumer. Mais ce n’est pas le seul sujet sur lequel ils s’expriment sans le connaître, me direz-vous… La consommation n’est pas sanctionnée sévèrement dans les faits en France (sauf lors de soupçons de trafic), c’est bien la preuve de la tolérance de cette liberté individuelle. Une partie de la population française s’y adonne, vous en connaissez probablement tous sans le savoir et c’est la meilleure preuve de leur discrétion… Mais les dangers psychologiques existent bel et bien pour nos enfants, l’isolement en est un, et pour la scolarité ça peut dans certains cas s’avérer catastrophique. C’est vrai. Le risque d’escalade existe, c’est vrai aussi. Mais comment l’empêcher si on ne sait pas de quoi on parle ? Alors comment en est-on arrivé là ? Il y a longtemps que nous y sommes, depuis les années soixante. Mais aujourd’hui ce tabou est levé. Comment en est-on arrivé à être le plus gros consommateur d’anxiolytiques et ce même chez les jeunes adultes et adolescents ? Dans certains états le cannabis remplace ces fameux médicaments. Ma conclusion sera simple. Essayons de tenir nos enfants à l’écart du haschisch, du cannabis, de l’alcool, de la cigarette, des médicaments. Quand ils y seront ? Expliquons-leur les dangers. Que faire d’autre ? Je ne sais pas. Mais j’espère au moins que vous en saurez un peu plus sur le sujet, parce que si vous êtes confronté au problème, eux croiront tout en savoir. Quant aux adultes ? Faites-vous rigueur de ne jamais prendre votre voiture avec plus de 0.5g d’alcool par litre de sang, de ne plus fumer de tabac, de ne plus enfreindre aucune loi et là vous pourrez sans contestation juger de leurs actes. Mais vivez-vous encore ?

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Publié par José
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