Vendredi 24 Février 2006
L’affaire Mayetic : je ne ferai pas la chasse aux innocents

J’ai pris de la distance avec l’affaire Mayetic mais aussi avec la blogosphère en général depuis quelque temps. Non pas que je m’en sois désintéressé, bien au contraire puisque je l’ai suivie en « silence » de très près, mais parce que je n’aime pas la tournure qu’elle a prise.

Je n’ai pas apprécié les « sommations » ou interpellations de Laurent parce qu’elles se sont éloignées de l’objectif initial à mon sens qui était non pas de sanctionner les éventuels abus d’un député, en l’occurrence Manuel Aeschlimann, mais de faire en sorte que ne puissent plus se reproduire de telles conséquences : la liquidation de Mayetic et le licenciement de ses 23 salariés. Mais c’était son droit de le faire et je n’ai rien à y redire.

Je n’apprécie pas non plus sans réserve l’attitude de Lionel, qui agite au maximum la blogosphère pour faire « parler » de l’histoire mais qui rectifie aussitôt en arguant du fait que le député est présumé innocent des faits qui lui sont reprochés. Effectivement, il l’est juridiquement mais pas dans les faits. N’oublions tout de même pas que le nombre de condamnations de sa municipalité pour ce type d’histoire est impressionnant et que, même en justice, cela s’appelle des antécédents. N’oublions pas non plus que ni Bruno de Beauregard ni Miguel Membrado n’en ont aucun. Le député n’a aucune raison d’être soumis à quelque secret que ce soit, encore moins au secret défense puisque celui-ci ne s’adresse qu’à des informations ou actes pouvant mettre en péril la Nation. Le député a été condamné en première instance et, si le jugement en appel a été reporté, c’est parce que la cour s’interrogeait sur des éléments qu’elle ne disposait pas en première instance et non parce qu’elle doutait du premier jugement. La question en suspens concerne donc le fait de savoir si de tels éléments pouvaient s’avérer aggravants ou pas. Il y a fort à parier que le premier jugement soit au moins confirmé, sinon alourdi, et que si tel n’était pas le cas nous assisterions alors à une énorme surprise. Je reconnais toutefois que ces derniers temps la justice n’en est pas avare.

Je n’apprécie pas non plus, alors que j’ai voulu engager l’association derrière cette histoire de ne jamais avoir été contacté par les salariés pour relater leur témoignage. C’était leur histoire qui m’avait émue, les conséquences sur leur vie et les inadmissibles retombées dont ils n’ont eu qu’à subir les coups de semonce adressés probablement à leur président. Je n’apprécie pas de ne pas disposer de leur version des faits alors que l’alerte qu’avait lancée Miguel Membrado les mentionnait en bonne place.

Je n’apprécie pas non plus les interventions de Philippe Vassé chez Koz parce qu’elles sont improductives et qu’elles ne feront pas avancer l’histoire. Taxer Koz d’antisémitisme relève de l’imbécillité la plus totale. Je n’apprécie pas toujours la fâcheuse manie de Koz d’intervenir sur des sujets polémiques en prétendant discuter du fond alors qu’il y met la forme la plus sujette à controverse puis ensuite de couper court à toute discussion dérangeante. On ne peut se poser en arbitre des débats autoritairement, mais anonymement, ce qui incite alors les intervenants à douter justement de cette autorité. On ne peut éviter de monter au front tout en incitant indirectement les autres à le faire. Lorsque l’on cite quelqu’un il est normal que celui-ci réponde, et très probablement avec la même manière que celle qui a attiré la citation. L’autorité n’est jamais anonyme ni diffuse, il faut qu’elle soit clairement identifiable pour être respectée. Mais il faut être particulièrement ignorant ou de mauvaise foi pour imaginer Koz antisémite, lui qui s’était offusqué, à tort selon moi mais siginificativement, du racisme supposé du président du Vénézuela, Hugo Chavez. En outre, il a tout à fait le droit de dicter ses règles sur son espace personnel. Son blog ne fait pas partie de la presse, personne n’a à lui imposer ce qu’il désire publier ou pas. Il y a fort à parier que, si cette imbécile polémique continue, j’intervienne en sa faveur mais, encore une fois, on s’éloigne bien trop à mon goût de l’affaire initiale.

La blogosphère, entre autres, permet de rendre moins virtuelles les communications personnelles sur l’Internet. Cette virtualité a glissé. La Toile a inversé les données, et « La révolte du pronétariat », le livre de Joël de Rosnay en collaboration avec Carlo Revelli, le montre sous des rapports tant sociologiques que techniques.

De jeunes engagés par vocation tels Michaël Bullara ou Véronique Delvolvé croient en la chose publique, en la Politique et, bien que je sois très loin de partager l’orientation de leurs engagements, je ne peux que les inciter à poursuivre dans cette voie. Ils ne s’avéreront naïfs que si nous ne les aidons pas à poursuivre leurs rêves de justice. En leur demandant d’entrer à pieds joints dans l’affaire Mayetic nous ne pouvons que les décevoir et briser leur vocation. Ils ne se sont pas engagés pour pratiquer l’épuration mais pour faire en sorte que leurs engagements deviennent prioritaires dans la durée. Croire qu’ils sont ignorants des dispositifs d’appareil serait les sous-estimer. Imaginer qu’ils révolutionneront le monde en les acculant de la sorte est de la stupidité. En jeu politique on ne disparaît pas parce que l’on s’est fourvoyé mais parce l’on est devenu caduc. Le pouvoir de nuisance est une arme, ces jeunes engagés ne l’ignorent certainement pas et nous ne devrions pas leur demander d’en devenir un car alors ils deviendraient ce qu’on leur demande de combattre. De grâce, ne brisons pas leurs rêves et ne détruisons pas leur foi.

Ce sont les dirigeants politiques au pouvoir et leurs décisions qui sont devenus virtuels avec des gesticulations protocolaires d’apparat. Leur méconnaissance de la réalité, leur ignorance institutionnelle des conditions de la vie quotidienne de nos concitoyens a conduit à cet éloignement, voire méfiance, des citoyens que nous sommes. Ces jeunes là ne deviendront politiquement que ce que nous tous, collectivement, contribuerons à solliciter comme représentation. La vieille garde est en train de s’écrouler et peu d’entre nous le regretterons mais de grâce, faisons en sorte de ne pas consumer les jeunes pousses en exigeant ce que nous-mêmes n’avons su empêcher.

Les Français sont malades de leurs politiciens comme les Européens sont malades des institutions européennes. Nous ne guérirons pas en détruisant le corps qui abrite le virus, en amputant les membres qui font mal. Nous guérirons en nous vaccinant. Notre nation abritera indéfiniment les virus de la corruption, de l’abus de pouvoir et du règlement tellement ils sont devenus intrinsèques à l’homme et au jeu politique. Nous pouvons éternellement le regretter mais nous ne ferons rien en nous lamentant continuellement. Il vaut mieux pour cela les prévenir et nous prémunir de leur virulence en « éduquant » la jeune garde à ce que nous attendons d’elle.

Oui, je suis désabusé, fatigué. Comment pourrais-je ne pas l’être ? Socialement, je n’existe que sur la Toile. Je ne suis plus indemnisé depuis mars 2005, n’ai strictement aucune ressource et continue à pointer tous les mois mais je n’ai jamais reçu aucun courrier, aucune convocation pour entretien malgré toutes les soi-disant luttes contre le chômage qui sont menées. L’ANPE ne peut rien pour moi (dixit elle-même), le CPE s’adresse aux jeunes, je ne suis pas habitant de banlieue ni Noir ou Arabe et en vertu de cela ne bénéficie d’aucune assistance. Je suis un être social virtuel, un chômeur virtuel. Mais j’existe ici.

Il est probablement trop tard pour vider le panier de crabes que constitue la caste politique de notre pays. Il nous faut attendre que les crabes meurent, qu’ils se soient entre-dévorés et faciliter leur remplacement. Accueillons ces jeunes idéalistes comme ils méritent de l’être parce que dans le cas contraire, celui de notre impatience, de notre gesticulation hasardeuse et contre-productive je crains que nous n’obtenions qu’un seul résultat : qu’on leur interdise de communiquer sur la politique ouvertement. Nous aurions alors perdu l’occasion du renouveau que nous attendons impatiemment.

Il y a fort à croire que les agissements de Manuel Aeschlimann sont débattus au sein de son parti. C’est probablement l’explication du silence officiel des instances de l’UMP, entre autres. Pour le reste, et tout en continuant à soutenir Miguel Membrado et Bruno de Beauregard dans leur recherche de vérité il nous faut, maintenant que la blogosphère est largement alertée, les laisser agir à leur gré sans tirer sur les ambulances. Il y a déjà eu bien trop de dégâts.

Quant à moi je retourne à mon silence, le même que celui, assourdissant, qui entoure les ex-salariés de Mayetic. Je m’en vais donc retrouver mon désabusement, sauf commentaires de votre part. J’ai bien trop à penser à comment sortir de cette virtualité, de cette inexistence sociale… Je ne suis pas entrepreneur, je ne suis pas politique et apparemment même pas chômeur. Bien heureusement, il y a les yeux de Gaëlle et de ses enfants. C’est là que mon existence prend corps et âme.

Le reste, c’est dorénavant l’affaire de ceux qui sont bien plus « importants » que moi.

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