À l’heure où j’écris ces lignes il est difficile d’envisager la portée de la journée de mobilisation nationale mais il est toutefois un fait connu : les Français approuvent très majoritairement ce mouvement.
En ce sens, en tant qu’acteur social, il faut s’efforcer de rester objectif. Il est indispensable que ce mouvement soit un succès massif. Le mécontentement est réel et profond, tous les symptômes d’une crise sociale sont visibles. Ni les médias ni les dirigeants ne nous décrivent la réalité de la vie quotidienne des français, le décrochage est quasi-total.
Les Français ont déjà “tiré” deux sommations dans les urnes : le 21 avril 2002 et le 29 mai 2005. La crainte est que 2007 ne soit la dernière. Pour éviter d’en arriver là il convient de désamorcer le risque dès aujourd’hui.
Un succès franc et massif aurait l’avantage de fixer l’opinion publique.
Mais le succès d’un tel mouvement ne pourrait être assuré s’il pénalise d’autres citoyens. Il faut une adhésion et non un ressentiment. Cette adhésion est aujourd’hui possible de manière beaucoup plus large qu’en 2002, le sentiment de mépris de l’opinion publique ayant depuis été renforcé par le non-respect du message des scrutins.
Le ressentiment populaire est fort, il serait inconscient de le sous-estimer.
Les classes politiques veulent-elles réellement faire avancer le débat démocratique alors qu’elles souffrent toutes de la désaffection des Français pour leurs partis ? Ne serait-il pas temps en ce cas de leur proposer un vrai changement qui irait dans le bon sens populaire ?
S’il leur est impossible d’influencer la politique suivie, ne serait-il pas judicieux d’en permettre un contrôle populaire accru ?
Des problèmes attaqués par les mauvais angles aux effets d’annonce, des revirements gouvernementaux aux luttes fratricides pour le pouvoir, des “révélations” médiatiques sur l’état de santé de tel ou tel couple à la présence gouvernementale massive au mariage de la fille de l’homme le plus riche de France, de tout cela les Français sont las.
Les dégâts occasionnés par ces comportements sont considérables. Il ne devrait pas être impossible aux Français d’empêcher une telle fuite en avant pendant une durée de cinq ans sans aucun moyen d’intervention, c’est anti-démocratique.
Les partis et les institutions ont été asservis à une seule cause, les échéances électorales. La Constitution, les scrutins, l’organisation même de l’État ont été modifiés pour accepter ce mode de fonctionnement. Les Français l’ont accepté malgré eux parce qu’il leur a bien fallu respecter les institutions républicaines mais ils n’en ont pas été dupes.
Ils ont aussi droit au respect de la part de ces mêmes institutions. Ne serait-il pas l’heure dorénavant de leur en autoriser un contrôle réel et effectif ?
Poursuivre dans la même voie sans tenir compte de tous ces avertissements ne relèverait plus seulement de l’inconscience mais d’un déni de démocratie. Accélérer la vie démocratique sans y impliquer davantage la population peut être assimilé à l’accaparement de tous ses rouages sous les auspices de la seule tutelle des partis majoritaires qui ont les moyens financiers de participer à la vie politique. La démocratie représentative a atteint ses limites, elle est essoufflée et, acculée, se retranche derrière les portes des institutions qu’elle a elle-même refermées. Il faut envisager une autre forme d’exercice du pouvoir.
La vie publique ne se résume pas à un marché de l’offre et de la demande.
Si la France va vraiment si mal, il faut associer les Français à son redressement. Il faut exprimer des engagements qu’ils pourront contrôler autrement que par le jeu électoral. Il en va de l’intégrité sociale, cela s’appelle la cohésion.
Comment continuer à faire croire que la lutte, voire la “guerre” contre le chômage est engagée lorsque les personnes en charge du dossier ne savent même pas de quoi elles traitent en dehors du champ purement statistique ?
Il y a aujourd’hui 3,5 millions de personnes sous la bâche du seuil de pauvreté. Mais si l’on relève ce seuil (630€ si je ne m’abuse) d’à peine 70€ il faudrait doubler la taille de la bâche pour y accueillir près de 7 millions de personnes… Comment appréhender et analyser correctement la situation si les concernés ne sont même pas consultés pour la nécessaire compréhension de leurs conditions de vie ?
Comment comprendre que l’on ait pu créer un ministère aux victimes dont on se demande quelle fut l’utilité alors que celles de cette “guerre” du chômage n’apparaissent qu’en chiffres à virgule dans les intentions gouvernementales ?
Il faut très vite sortir de cet aveuglement. La paix sociale n’est plus aussi solide et les dangers de toute fissure sont bel et bien réels. Il ne faudrait pas que la désaffection et la méfiance s’orientent vers un retournement, un affrontement ou pire, un soulèvement.
Pour ce faire, pour que ce sentiment d’injustice se propage jusqu’aux plus hautes sphères, ce mouvement doit être un succès. Avant même d’entamer une longue, très longue route sur la campagne présidentielle qui ne dira pas son nom, il faut une clarification des intentions à l’attention des Français.
La politique de cohésion sociale doit démontrer sa crédibilité dans les jours qui viennent.
Champ libre…



