La victoire du Hamas en Palestine semble inquiéter les capitales occidentales pourtant elle est du ressort d’un processus démocratique que nul ne conteste aujourd’hui. Il semblerait donc que la démocratie ne soit valable et représentative que dans nos pays calmes et bien portants. Quelle hypocrisie…
Résumons la politique diplomatique internationale de ces dernières années vis à vis des pays arabes ou du Moyen Orient. Nous, la communauté internationale, n’avons cessé d’appeler ces pays à la démocratie. Ce qui semblait une évidence pour leurs ressortissants, au demeurant généralement pauvres, était que leurs pays étaient dirigés par une oligarchie non représentative au pouvoir. Nous ne le croyions pas ou faisions semblant de ne pas le croire. Nous nous étions imaginé que rendre le pouvoir à leurs peuples allait améliorer leurs situations. Nous avons donc tout fait pour que les processus démocratiques soient à l’œuvre : de l’Égypte à l’Afghanistan en passant par le Liban ou l’Irak. Par les pressions démocratiques ou par la guerre c’est ce que nous avons voulu. Mais ce faisant nous nous rendons compte que les majorités populaires ne nous plaisent pas. Ce sont celles des pauvres, des plus déshérités et forcément les plus radicaux mais est-ce si étonnant de constater qu’ils sont majoritaires ? Cela ne devrait pas nous gêner mais nous interroger. Comment avons-nous pu croire que ces pays allaient bien ? Parce que leurs dirigeants le proclamaient haut et fort ? Quelle hypocrisie de nouveau… Il est évident que les peuples de ces pays souffrent de pauvreté et d’exclusion et que les pouvoirs en exercice sont des oligarchies, ne le savions-nous pas ? Sous la pression internationale, les processus démocratiques se mettent à l’œuvre et leurs urnes leur donnent la place qu’ils représentent, quelle serait là l’incohérence ? Soit nous l’admettons, soit nous devrions remettre en cause l’idée même de la démocratie et nous retomberions alors en plein accord avec les politiques menées par leurs dirigeants des temps autoritaires ou dictatoriaux.
Aujourd’hui le Hamas est victorieux en Palestine, doit-on s’en plaindre ? Je ne crois pas, parce que le Hamas, s’il veut se voir reconnaître une légitimité internationale, s’il veut des interlocuteurs devra mettre autant d’eau dans son “vin” mauvais que ses ennemis en mettront dans le leur. Parce que s’il ne le fait pas il aggravera le sort de ceux qui ont voté pour lui, c’est cela la démocratie.
Souvenons-nous de l’IRA. La lutte armée clandestine a duré des dizaines d’années sans succès, l’ouverture politique avec des concessions de part et d’autre a mené à une reconnaissance du Sinn Fein conduisant à l’abandon de la lutte armée. Aujourd’hui le Sinn Fein est un interlocuteur politique crédible et respecté.
Souvenons-nous de l’ETA. La lutte armée clandestine a conduit de plus en plus d’espagnols à les haïr, à manifester contre eux et à les exclure de leurs options politiques. Leur diabolisation injuste lors des attentas de Madrid a mené le gouvernement Aznar à la défaite et les autonomies des régions comme la Catalogne ont pu être menées sans attentats sanglants. L’ETA existe encore mais vit ses dernières heures.
Souvenons-nous, en Palestine même, de l’OLP. Yasser Arafat a conduit une lutte armée qui, quoiqu’on en dise, a conduit à la reconnaissance de la cause palestinienne. Une fois cette cause reconnue il a été obligé d’abandonner la lutte armée et l’élimination d’Israël pour bénéficier d’une reconnaissance internationale. C’est en partie son combat qui a permis la tenue d’élections sur les territoires autonomes.
Maintenant le HAMAS.
Hier mouvement terroriste mais aujourd’hui représentatif avec sa victoire d’une ampleur qui semble nous étonner, que peut-il faire ? S’enfermer dans cette logique guerrière qui conduira à l’embargo international ? À moins de ne les croire idiots, qui pourrait le penser désormais ? Le HAMAS est dorénavant le parti majoritaire d’un territoire autonome reconnu par la communauté internationale, qui pourrait croire qu’il pourrait imposer ses vues aux autres ? Il devra négocier, ce qu’il n’a jamais été amené à faire puisque considéré comme une organisation terroriste. Il a assis une représentativité que nul démocrate ne lui contestera. Pour l’amener à la table des négociations il lui faudra des interlocuteurs et nous, les Européens comme tous les Occidentaux, devrons être de ceux-là et de préférence parmi les premiers.
Comme le Sinn Fein a assagi l’IRA, comme le Fatah a assagi les plus durs de l’OLP, le Hamas assagira les plus durs chez lui. Une charte n’est qu’une déclaration d’intention et se révise, l’OLP l’avait fait.
Sa victoire pourrait donc bien s’avérer une chance pour la région et ce pour deux raisons majeures :
- Nous savons, au cas où nous l’ignorions auparavant, que le peuple palestinien avait besoin d’aides fondamentales : la nourriture, l’éducation, l’assistance et le Hamas les leur avait fournis. Nous ne pouvons désormais plus ignorer que ce mouvement radical, comme nombre d’autres, agissait pour les pauvres et qu’ils sont très largement majoritaires dans ces territoires. Leur assise populaire, celle de ceux qui n’ont quasiment rien mais veulent en profiter en paix, s’avèrera le fondement même de leur démocratie pour peu que l’on se donne la peine d’une répartition des richesses locales plus stable et plus juste.
- Pour faire entendre sa cause au niveau international il devra faire comprendre que son combat c’est l’assistance à ses ressortissants et ne pourra indéfiniment faire accroire qu’en les envoyant au martyr il les aidera parce que la communauté internationale ne le comprendra pas.
Ce qu’il pouvait faire en tant qu’organisation terroriste lui est désormais officiellement interdit par simple effet de légitimité et de représentativité internationale.
Si nous l’y aidons, simplement en ne le bannissant pas dès le début, si nous y mettons un tout petit peu de bonne volonté en respectant son droit représentatif et légitime de s’exprimer, la victoire du Hamas pourrait bel et bien s’avérer une réelle avancée pour cette région du monde. N’enfermons pas trop vite le Hamas dans son passé d’OLP. Il ne tient qu’à nous de lui tendre la main en lui proposant une échappatoire et de faire en sorte qu’il l’accepte. Il a été décidé légitimement de lui confier la représentation, ne portons pas atteinte à priori à cette volonté populaire. Ce serait la confirmation d’un mépris dont toutes les victimes de cette région du monde n’ont eu qu’à trop pâtir.



