Pour Jacques Chirac mais aussi Nicolas Sarkozy, entre autres, le TCE est mort et pratiquement enterré. J’imagine qu’il doit en être de même aux Pays-Bas. J’avais voté non mais toujours exprimé le souhait de voir les consultations menées à terme. Les motivations de mon vote n’ont pas varié : la caste politique française actuelle est incapable de mener un projet européen et elle fait plus de mal à l’Europe que de bien. Non, effectivement mes motivations n’ont pas varié et elles se sont même renforcées ces derniers temps. Les attitudes de ceux qui considèrent le TCE mort me confortent dans cette idée. comment croire en leur vocation européenne lorsqu’ils ne tiennent pas à voir les consultations à leur terme mais qu’ils se prononcent, à l’encontre des opinions publiques, en faveur de l’intégration de nouveaux membres ? Comment ne pas voir les innombrables dégâts que ce genre d’attitudes entraîne sur l’opinion publique française ? Comment comprendre que l’on ait pu appeler à voter pour l’adoption du Traité mais que l’on ne veuille pas poursuivre dans cette voie ? Que l’on baisse les bras ainsi au plus haut sommet de l’État après avoir quasiment insulté les tenants de la position contraire ? Comment ne pas comprendre que ce genre de comportements ne peut qu’ajouter au désaveu cinglant que les peuples concernés ont infligé aux dirigeants politiques ?
La construction européenne telle qu’elle était en route est malade certes, mais elle ne l’est pas parce qu’un non majoritaire s’est exprimé, elle l’est en fait depuis bien longtemps. Malade de toutes les promesses formulées jamais suivies de concrétisations, malade de discours différents selon que les partis s’exprimaient au sein de l’hémicycle européen ou national, malade de la propension allergène aux institutions européennes qui consiste à tout mettre sur le dos des institutions européennes dès lors qu’il s’agit d’imposer des mesures impopulaires, y compris et surtout celles que l’on a fait passer par elles alors qu’elles émanaient des nôtres. Il faut donc recadrer cette défiance, ce n’est pas l’Europe qui est malade de ses citoyens, ce sont les citoyens qui sont malades de ceux qui sont censés les guider sur la voie de la citoyenneté européenne. Nous ne saurons probablement jamais ce qu’en pense la totalité des pays membres parce que, pour ne pas subir de revers, certains de leurs dirigeants et non des moindres, Tony Blair en tête, ont décidé de ne pas consulter leurs opinions à ce sujet. Il est facile aujourd’hui de taper sur le dos des Français ou des Hollandais parce qu’ils ont voté non mais qu’en eut-il été des Anglais ? Contrairement aux discours de façade de leur premier Ministre ils n’ont jamais voulu de cette construction et leur action, loin d’y contribuer, a toujours été menée de façon à torpiller tout processus d’harmonisation avant même qu’il naisse. Leur présidence n’en a été qu’une indiscutable preuve supplémentaire.



