Nous ne devons pas croire que le président Ahmadinejad est un idiot. Depuis toujours je l’ai considéré comme un as de la manoeuvre et, les évènements le confirmant, son attitude relève de moins en moins de la provocation mais comme de la politique intérieure, voire de la préparation de son opinion au pire. L’escalade mesuré du conflit, pour l’heure diplomatique, entre l’Iran et la communauté internationale ne doit pas masquer la réalité. Les divergences entre les Russes et les Américains n’ont pas disparu, les zones d’influence non plus, bien qu’elles aient pu tourner à l’avantage des USA pendant quelques années après la chute du mur. En effet, la restructuration des pays relevant de l’ex-URSS, la déliquescence de l’armée russe et surtout de leur armement, a agi comme un masque. Nous sommes entrés dans une nouvelle diplomatie que nous devons intégrer dès aujourd’hui pour ne pas nous laisser influencer par les propagandes.
Les stratégies en place n’ont, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, plus rien de militaires. Si l’on se réfère à l’histoire des armées, on peut considérer qu’il y eut jusqu’à récemment deux types de conflits : ouverts ou contenus. L’après-guerre a néanmoins donné lieu au type de conflit que tout le monde connaît sous le nom de “guerre froide”. Ce fut un conflit d’un nouveau genre dans le sens où il s’agissait essentiellement d’un affrontement idéologique et diplomatique sans être armé, du moins directement. Le principe de guerre préventive a été internationalement inventé par George W. Bush sous le couvert de lutte anti-terroriste, initié avant lui par Vladimir Poutine en Tchétchénie, et il faudra dorénavant le considérer comme une forme de jurisprudence, ne soyons pas suffisamment naïfs pour en douter.
Que l’on ne se trompe pas, la guerre d’Irak, si improbable au regard des relations internationales qu’elle ait été, n’a été qu’un prétexte. Ce prétexte apparaît aujourd’hui non plus comme économique mais militaire. Nous sommes entrés dans une ère qui se base non plus sur une stratégie militaire de l’ombre mais sur une stratégie de l’ombre militaire. L’ombre d’un armement lourdement doté d’armes de destruction massive qu’était l’Irak, et l’ombre de capacité nucléaire destructrice que représente l’Iran d’aujourd’hui sont les deux faces cachées du même éclairage. Celui qui éclaire l’Axe du mal selon la lumière du bien. La guerre anti-terroriste apparaît mondiale et aucun territoire n’est à l’abri, nos voisins européens tant Espagnols que Londoniens ne pourraient que nous le rappeler. Croire que nous serions immunisés parce que nous n’avons pas participé à la dernière guerre en Irak serait de l’inconscience, les Français n’ont pas été épargnés par les prises d’otages. Jacques Chirac l’a bien compris, il a à ce sujet d’ailleurs étendu la possibilité d’utilisation de l’arme nucléaire aux dangers terroristes très récemment. La dissuasion nucléaire telle que nous la connaissons est dépassée puisque les conflits ne se dérouleront probablement plus jamais à l’échelle mondiale. L’économie est entre temps devenue globale. Les technologies militaires sont issues de tous les secteurs de la haute-technologie, la même qui est à l’œuvre dans tous les matériels que nous utilisons tous les jours et dont l’industrie n’a strictement aucun intérêt à voir diminuer la diffusion. Les pays où les risques de conflit sont les plus élevés, y compris en considérant ceux qui sont menacés par les occidentaux, sont les pays où la technologie est proportionnellement la moins répandue. Si l’on excepte les pays ne représentant quasiment aucun danger majeur, comme la Corée du Nord (qui ne dispose probablement pas d’arme nucléaire efficace), entre autres. L’Irak comme l’Afghanistan étaient dans cette situation, l’Iran l’est aussi aujourd’hui. Il est probable que l’Iran cherche à se doter de l’arme nucléaire, il n’est nul besoin d’être un “expert-spécialiste-es-terrorisme” pour le comprendre. Les puissances de la région sont aujourd’hui la Turquie et l’Iran, aussi rivales que le furent les USA et l’URSS, mais aussi Israël. Dans l’Axe du mal délimité par les États-Unis, l’Iran est donc pris en tenaille entre sa voisine la Turquie et Israël avec qui elle entretient des rapports pour le moins conflictuels depuis la révolution islamique. L’Irak était le premier fusible à griller après sa semi-défaite contre l’Iran, il ne lui restait plus qu’à sauter dans les faits. Ce qui fut réalisé à l’échelle de temps à laquelle se déroulent les relations internationales.



