Et bien, que ferais-je ? Rien… Ça c’est un programme ! Remarquez, quand on voit à quoi ressemblent les programmes politiques jamais tenus on se demande bien ce que le mien contiendrait de plus ou de moins. Cinq ans pour ne rien faire, ça devrait être efficace non ? Et bien même pas, je tiendrais un programme sur deux ans et demi et tout ça pour ne rien faire. Ceci dit, ne rien faire n’est pas tout à fait exact puisque j’ai oublié un détail : je rendrais au Peuple sa souveraineté. C’est un détail insignifiant peut-être, mais sans faire une révolution, avouez que ce n’est déjà pas si mal.
- Hop, hop, hop siouplé, là… Arrêtez les flashes le temps que je m’explique, voulez-vous ? Parce que sinon je ne vais jamais arriver à m’exprimer moi… Parce que c’est très désagréable vos trucs, là… Pire qu’un oeuf sur le caillou. Ça y est, on peut y aller ?
- Euhhh… Oui M’sieur.
- Bon, premièrement aussitôt élu je nommerais un gouvernement d’union nationale. Les compétences sont partout. Je ne sais pas moi : un vert à l’écologie, un rose à la politique de la ville, un rouge aux affaires sociales, un bleu à l’économie, un centriste à l’intérieur. Ce gouvernement n’aurait pour seule tâche que de maintenir le statu quo pendant deux ans et demi. Dans quel but ? L’inaction !
- ‘Tain, il est cinglé çui-là !
- Non, non, j’explique… Je n’ai aucune ambition personnelle, moi. Rien à gagner et rien à perdre donc mon intérêt importe peu. Par contre celui de mes enfants, si. Et comme il paraît qu’ils ont 19000 € de dettes sur les épaules j’aimerais savoir exactement de quoi il en retourne. Et si on ne le sait pas exactement, comment voudriez-vous que j’élabore un programme, hein ? Vous pourriez établir les lignes de votre budget vous, si vous ne connaissez ni exactement ce que vous gagnez ni ce que vous dépensez ? On commencerait donc par réaliser en premier lieu un audit des finances publiques. Il paraît que cela existe déjà ? Ah ? Vous l’avez trouvé où ? Savez pas ? Ouf, ça me rassure parce que moi je l’ai cherché… Une fois les résultats de cet audit obtenus, il faudra les expliquer aux Français.
- Et après ?
- Non, pas après, pendant. Pas de temps à perdre en deux ans et demi.
- Oui, donc pendant ?
- Et bien pour rendre la souveraineté au Peuple il faut commencer par lui permettre d’être correctement représenté. Vous trouvez normal vous, que près de 20% des Français ne soient nulle part ?
- Ben non mais vous savez bien de qui vous parlez, là, non ?
- Oui et alors ? Je parle de 20% des Français, pas d’un chef de parti moi, contrairement à vous. Et puis que faîtes-vous de tous ceux qui votent pour les petits partis ?
- Ben vu comme ça…
- Et comment voulez-vous que je le voie ? Je ne sais pas vous mais je suis citoyen, moi. Comme eux. Que leur chef vous pose problème est votre droit, accessoirement le leur mais dans ce cas pourquoi votent-ils pour lui ? Puis vous oubliez que ce serait moi le Président et pas lui…
- Oui, c’est vrai.
- Bon, je peux continuer ? Seconde étape, rétablir la proportionnelle avec un seuil de représentation à 5%. Comme ça on pourra entendre les voix de tout le monde, de tous les Français. Si nécessaire pour faire cette modification, on en passera par référendum et sans campagne électorale.
- Ah ? Et pourquoi ça ?
- ‘Tain, y’a des fois où quand vous ne voulez rien comprendre les journaleux, vous y arrivez bien… Si on totalise le nombre total d’adhérents aux partis en France, on arrive à combien de Français ? Un demi-million ? Et c’est ça que vous appelez une souveraineté populaire ?
- Ben non mais ils n’ont qu’à adhérer aussi…
- Pour suivre qui ? Des gens en qui ils ne font pas confiance et qui sont accrochés à leurs sièges sauf un ou deux ? Ben moi je préfère qu’ils se suivent eux-mêmes.
- Ben, vu comme ça…
- C’est la deuxième fois que vous le voyez comme moi… Voyez quand vous voulez ! Une fois l’audit réalisé, l’État réel du pays connu et la possibilité rendue aux Français de se voir représentés correctement je dissous l’Assemblée nationale.
- Vous aussi ?
- Ben ça servirait à quoi de rendre la possibilité aux Français d’être représentés si on ne ne la concrétise pas ?
- Ben, vu comme ça…
- Vous bégayez, vous… Faut vous reprendre mon petit.
- Faut dire aussi qu’un tel programme, c’est du jamais vu.
- Rendre public l’état du pays et rendre au Peuple sa souveraineté ? Vous avez raison, c’est du jamais vu. C’est bien pour ça que je suis candidat, figurez-vous ! Mais reprenons. On serait alors à la moitié de mon mandat. Les élections législatives passées on saura où se situe le Peuple.
- Et vous n’avez pas peur d’un vote sanction ?
- Sanction contre quoi puisque j’aurai maintenu un statu quo ? Puis vous oubliez que je ne suis ni à droite ni à gauche mais juste un citoyen qui tient à la bonne marche de son pays, moi.
- Oué, un De Gaulle, c’est ça ?
- Ouh la, non… Lui c’était un grand homme. Moi je ne suis qu’un citoyen. Mais si vous tenez absolument à faire la comparaison je dirais que comme lui je n’aurais qu’une parole.
- Et comment vous le prouveriez ?
- Aussitôt les élections législatives passées je mettrais ma démission en jeu par référendum.
- Et pourquoi ça ?
- Parce que j’aurais fait mon job. Celui de rendre la parole aux Français.
- Et s’ils vous demandent le départ ?
- Ben, je retournerai faire ce que je faisais avant, au milieu de ma famille. Touti rikiki maousse kosto… Et crapoto mastafuite.
- Pardon ?
- Pouvez pas comprendre, z’êtes trop jeune.
- Ah d’accord. Ben, tout réfléchi… C’est p’têt bien le programme le plus sensé qu’on ait eu jusqu’à présent.
- Oh, vous savez bien que les candidats commencent déjà à se bousculer au portail.
- Justement, qu’est-ce qui vous fait croire que vous seriez retenu et que vous obtiendriez les signatures ?
- Rien… Si ce n’est que j’arriverais par la petite porte, moi… Mais par contre que je serais seul à vouloir la passer.
- Bon ben, bonne chance alors ?
- Pas de la chance qu’il faut pour ça… Juste du bon sens.
- Ben, vu comme ça…
- Encore ? Décidément j’ai de plus en plus l’impression qu’on voit les choses de la même manière, non ?
- Euhhh… P’têt bien.
- Voyez que ça tient la route ? Allez, viendez on passe à l’apéro...
Si j’étais candidat… De la République…