Les dernières déclarations du président iranien, réitérées et confirmées, ont obtenu leur effet. La condamnation est quasiment unanime mais il ne faudrait pas se contenter de ne voir en filigrane de cette déclaration qu’une provocation.
Le Club des Vigilants, dans un article consacré à cet événement, estime que l’objectif iranien est de prendre la tête de l’opinion du monde arabe. Si l’analyse est osée mais sensée et argumentée, elle est orientée sur le moyen ou long terme. À mon sens et en complément de cette excellente analyse de Marc Ullmann, une partie du résultat a déjà été obtenue immédiatement.
Le président Ahmadinejad sait parfaitement que les États Unis n’ont pas actuellement les moyens d’ouvrir un nouveau front. D’ailleurs il n’a pas appelé à leur destruction mais à celle d’Israël qui représente pour la majorité des pays arabes du Proche et du Moyen Orient une “extension” américaine. Il sait aussi pertinemment qu’Israël n’engagera pas de frappes unilatérales en prenant le risque d’embraser tout le reste de la région qui ne brûle déjà. Cependant, il est légitime d’imaginer qu’en s’appuyant ainsi, en ce moment bien précis de la situation internationale, sur les fondements même de l’Iran, il ait voulu porter un camouflet international aux États Unis.
En effet, comment interpréter autrement que la première puissance mondiale et plus fidèle alliée d’Israël, s’aligne derrière l’ONU qu’elle avait elle-même défiée en intervenant en Irak ? Les États Unis sont aux portes de l’Iran avec un contingent massif de forces armées mais enlisés dans une guerre civile qui ne dit pas son nom et une attitude de plus en plus sujette à caution au sein même de leur propre pays. D’ailleurs l’administration Bush, celle là-même qui “conçut” cette guerre, est dans une crise politique que l’on pourrait qualifier de sévère.
On pourrait donc aussi interpréter le message iranien de cette façon : l’Iran menace Israël et les Américains, leur plus fidèle allié, qui sont arrivés jusqu’à ses portes en se moquant royalement de la communauté internationale, s’appuient sur elle pour les condamner ? Les Iraniens auraient affirmé haut et fort que les Américains ne font plus peur à personne que cela n’aurait pas eu un impact aussi fort. Quant à l’ONU, c’est aussi pour elle la mise en accusation de son incapacité. Elle qui n’a pas pu (et pas voulu) empêcher cette forfaiture américaine hier, condamne aujourd’hui des propos qui sont les fondements mêmes de l’état islamique et que l’hypocrisie silencieuse d’autres pays arabes de la région cautionne.
Si le sujet n’était si grave et la situation régionale si dramatique je dirais que les propos du président Ahmadinejad ne manquent pas de sel. En tout cas, ils ont fait mouche et ce résultat est déjà suffisamment significatif pour corroborer l’analyse du Club des Vigilants.