Je suis inquiet, très inquiet, j’ai peur pour mon pays. Les manifestants étudiants de Rennes ont prévenu qu’ils rejoindraient les casseurs si leurs revendications pacifiques n’étaient pas entendues (Le Télégramme de Brest). L’université de Rennes a toujours été à la tête lors de ce type de combats puisqu’elle est emblématique du mouvement étudiant de mai 1968. Il ne faudrait pas interpréter ce genre de déclarations comme des menaces, c’est une alerte qui intervient après la crise des banlieues qui a frappé la France en fin d’année dernière.
Pour ma part je tente d’alerter depuis trop longtemps déjà les politiques à ce sujet sans aucun succès. Encore récemment je l’ai fait chez Alain Lambert, préjugeant de sa bonne foi mais je me suis lourdement trompé. Préférant mal interpréter une métaphore sur la Révolution, il m’a renvoyé à la violence de mes propos. En lui répondant que j’étais conscient de cela et lui retournant la question en lui demandant si lui était conscient de la violence quotidienne que subissent nos concitoyens, il a affirmé vouloir répondre avant dimanche soir à un courriel privé que je lui avais alors envoyé. Je n’ai toujours pas eu ce courriel, voilà la preuve de l’état du dialogue démocratique dans notre pays : inexistant. Les engagements comme les promesses ne sont pas tenues. Dans l’état de tension que vit notre pays, c’est tout aussi révélateur qu’inquiétant. Alain Lambert peut retourner dans sa citadelle vérifier les horloges et les serrures, son aveuglement combiné à sa surdité sauveront probablement son « intégrité » politicienne, cela ne suffira pas pour sauver sa représentativité. C’est aussi cela, le drame de notre démocratie.
Aujourd’hui les étudiants et lycéens n’excluent plus de radicaliser leur mouvement et de le rendre violent, la seule question qu’ils se posent concerne jusqu’à quel degré de violence ils souhaitent aller… Le drame de notre démocratie encore.
Les syndicats doivent se rendre à Matignon cet après-midi. Ce que craignent les étudiants c’est qu’ils acceptent de négocier avant le retrait pur et simple du CPE, ce qu’ils prendraient pour un abandon et une quasi-traîtrise. Je souhaite ardemment que les syndicats en tiennent compte, ce qu’ils ont semblé faire en demandant au Premier Ministre de recevoir tous les acteurs syndicaux et associatifs concernés. Effectivement, comment ne pas comprendre que l’abandon de l’exigence du CPE ne contribuerait pas à radicaliser le mouvement estudiantin ?
Nous sommes au bord d’un gouffre et celui-ci se nomme l’insurrection. Trop de nos concitoyens, et de plus en plus, n’ont plus rien à perdre. Comment ne pas comprendre ce qu’ils ressentent aujourd’hui ? Ce n’est pas une déprime puisque un tel sentiment ne se ressent que dans la solitude. Ce n’est plus de la colère puisque celle-ci est passagère. Comment ne pas admettre que ce sentiment qui submerge la société française est celui de la révolte ? Si ces sentiments se fédèrent et se regroupent, comment ne pas comprendre qu’il s’agirait alors d’une insurrection ?
J’ai proposé une solution de sortie de crise, j’espère toujours être entendu. Mais je suis inquiet et moi aussi profondément révolté d’avoir tant averti sans avoir été entendu…
Notre pays est au bord du drame, une nouvelle fois j’ai mal à ma France.