Conspirations, complots, paranoïas et réflexions
Koz est un voisin internetique que je prends toujours plaisir à lire, j’en éprouve même à son endroit une certaine « affection ». Je ne partage pourtant pas ses opinions, ce serait même plutôt le contraire mais j’apprécie sa franchise et son intégrité. Il est de droite et l’assume mais pas aveugle, il est croyant (et moi athée) et l’assume, il reconnaît bien volontiers ses erreurs ou emportements et les assume, etc. Tant de traits de caractère dont nombre d’érudits, dans leur suffisance, sont totalement dépourvus. C’est pourquoi j’aime le débat avec lui, par blogs ou par liste privée que nous fréquentons en commun. C’est vrai, je trouve plus intéressant d’entamer une conversation, un échange, avec quelqu’un dont les idées sont différentes, voire opposées. Je n’aime pas le conformisme ni, dans l’absolu, être conforté. Je suis un sceptique et par là-même je doute de mes propres opinions tant que je n’en ai pas démontré le bien-fondé. Je ne sais pas ce que sont des opinions extrêmes mais je peux être ce que l’on appelle un « radical ». Je ne crois que rarement en la “vérité” mais me base sur la réalité. Parce que les faits sont têtus et que les vérités ne sont qu’interprétations de ces faits, donc de la réalité. Koz adopte plus ou moins le même type de raisonnement, probablement teinté d’un degré de réflexion philosophique ou spirituel dont je ne dispose pas, mais toujours avec modération. J’apprécie cela. Mais ce billet n’a pas pour vocation de s’étendre sur sa personne qu’au demeurant je n’ai pas le plaisir de connaître si ce n’est par blogs interposés. J’aimerais plutôt introduire le débat sur son dernier billet : « Face au complot », basé sur sa lecture du livre « La société parano », de Véronique Campion-Vincent. Je précise immédiatement que je n’ai pas lu ce livre. Je ne vais donc pas, évidemment, me placer sur le champ de la critique de cet ouvrage mais sur celui du dialogue avec Koz.
Commençons par définir ce que sont conspirations et complots dans l’usage populaire où on les emploie actuellement, c’est à dire dans le registre des « théories ».
La « théorie de la conspiration » suppose qu’il existerait une organisation secrète influençant voire organisant tous les grands évènements afin d’atteindre l’objectif de son accession au pouvoir mondial. C’est de loin la plus ultime de ce genre de théories, c’est aussi celle où l’on trouve les délires les plus fantasmatiques. Koz, plus loin, se pose la question suivante : « Ne peut-on voir dans l’essor du conspirationnisme le pendant de la perte du sacré dans nos sociétés occidentales ? ». Il reconnaît toutefois que, bien que tenté par cette explication, cela puisse être contesté. En effet il relève très justement que les pays les plus ouverts aux théories conspirationnatistes sont aussi bien souvent ceux qui rassemblent le plus de croyants. C’est là une première divergence entre lui et moi. Je ne me pose pas la question de la perte du sacré car je considère que, bien au contraire, le religieux est en train de reconquérir le terrain qu’il avait perdu, et bien trop souvent sous ses formes les plus extrêmes qui soient, l’intégrisme et l’intolérance. Je crois aussi que la plus grande intolérance ne se manifeste pas entre les différentes religions mais envers ceux qui les refusent, les athées. Il devient aujourd’hui de plus en plus difficile d’affirmer les principes qui sous-tendent un tel raisonnement, pour s’exprimer clairement, que Dieu n’existe pas. Je remarque que bien souvent les athées sont moins virulents envers les croyants que l’inverse. L’histoire de Salman Rushdie, entre autres, en est le parfait exemple.
Évidemment il ne s’agit pas pour moi ici d’opposer les deux formes de pensée mais de les placer toutes deux à égale liberté. C’est en quelque sorte pour moi la définition de la laïcité, cette notion quasiment inconnue en dehors de nos frontières. Ceci étant écrit, revenons-en aux « théories de la conspiration ». Parmi elles se trouvent bel et bien certaines religions ou dérivées, telles que certains mouvements qualifiées en France de sectaires. Les mouvements millénaristes n’en sont-ils pas une matérialisation ? Lorsqu’un mouvement spirituel déclare œuvrer à la préparation de la fin de notre monde pour l’arrivée d’un messie, ne peut-on considérer qu’il s’agit par là-même d’une conspiration, fut-elle spirituelle ? En suivant ce raisonnement je pourrais alors faire le parallèle que l’Église catholique romaine, entre autres, relève bien d’une théorie de la conspiration puisque c’est une organisation hiérarchique, commandée par le représentant unique d’une entité supérieure, et ayant vocation à faire régner un ordre propice à la venue d’un nouvel ordre mondial. L’Histoire nous apprend en outre que ce ne fut pas toujours dans la recherche d’un idéal de paix. Mais je ne franchirai pas ce cap, ou alors je ne m’autoriserai à le faire qu’en admettant la possibilité de son corollaire « matérialiste » qui serait la construction d’un gouvernement mondial par le commerce.
Assimiler le commerce à une religion ? Le pas est osé mais force m’est de constater que lorsque l’on écoute certains discours politiques actuels, prônant une économie libérale absolue, on n’en est pas si loin. Remarquons aussi que les deux plans, spirituels et matériels, ne sont pas incompatibles, bien au contraire. Non, ce qui me gêne dans ces considérations, ce ne sont ni les fois ni les dogmes mais la propension à les imposer par tous les moyens disponibles, le prosélytisme en premier. En constatant de surcroît que ces prosélytismes s’accompagnent bien souvent de prises d’influences, comment ne pas assimiler ces agissements à une machination ou plusieurs ne visant qu’à la conquête de tous les pouvoirs : spirituels, politiques et matériels ? Ne serait-ce pas là la définition même d’une conspiration ? D’aucuns la qualifient de mondialisation, d’un phénomène inéluctable due à l’économie de marché mais c’est pourtant entièrement faux puisqu’il s’agit bel et bien de stratégies savamment élaborées d’accroissement de marchés. Ces stratégies ne sont évidemment pas inéluctables puisqu’elles peuvent être contrôlées, voire interdites, par des décisions politiques. Pour conclure sur les conspirations, je peux donc exprimer que mon sentiment est tout simplement que, dès que certains défendent un modèle d’organisation global attaqué idéologiquement par un autre, ils crient aussitôt à la conspiration. L’évolution récente, c’est tout simplement l’échelle que ces allégations ont prises : elles ne sont plus nationales mais mondiales. La religion agissant, pour sa part, en contrefort ou en justification de la justesse des idéologies matérialistes et c’est là que réside tout leur paradoxe. Les religions censées véhiculer des messages de paix sont aujourd’hui brandies par des ouailles n’hésitant pas à user de tous les intégrismes les plus violents pour augmenter leurs pouvoir ou influence. Ainsi je considère, apparemment au contraire de Koz, que ce n’est pas la perte du sacré qui entraîne la multiplication des théories conspirationnistes mais bel et bien l’inverse. Si l’on accepte qu’une entité immatérielle puisse vouloir organiser un ordre mondial, quelle serait la difficulté à admettre que certains esprits humains puissent le vouloir de même ? Dieu, selon les Chrétiens, ne nous aurait-il pas fait à son image ?
Les complots, quant à eux, se différencient des conspirations par leur échelle mais aussi par leurs motivations.
Par leur échelle puisqu’il s’agit de machinations contenues ou locales confinées à un objectif proche dans le temps et accessible physiquement. Souvent il s’agit de s’accaparer un siège exécutif ou politique. Par leurs motivations ensuite puisque le coté spirituel en est absent. Seul l’aspect matériel, fut-il le pouvoir, est présent dans ce type d’agissements. Ils sembleraient donc quantité négligeable quant à l’organisation de la société mais ce serait oublier qu’ils sont beaucoup plus nombreux que les conspirations car bien plus faciles à organiser. Nous pouvons aisément constater de tels complots dans notre vie quotidienne : il s’agit de chantages, de moyens de pression, de compromissions que la morale réprouve. Les milieux d’affaires comme politiques mais parfois même familiaux en connaissent. Bassement matériels, dépourvus de considérations philosophiques ou spirituelles, les comploteurs ne démontrent de cette façon que la propension de l’homme à se débarrasser de toute notion d’éthique ou de morale dès lors qu’il peut y gagner quelque chose. Il n’y a dans ces comportements rien qui nous apprenne quoi que ce soit. Ces comportements, bien que méprisables, sont tout ce qu’il y a de plus banal. Ils n’apparaissent à juste titre inadmissibles que lorsqu’ils sont ceux de personnes censées montrer l’exemple par leur qualité représentative. Le traitement médiatique de ces complots relève par ailleurs bien plus souvent de l’hypocrisie que de la volonté de percer de soi-disant mystères.
En quoi ces complots peuvent-ils se rapprocher des conspirations ? En quoi les adeptes de la théorie de la conspiration et ceux des complots peuvent-ils être les mêmes et s’égarer ? Koz manifeste à leur égard, du moins pour les Français, une certaine indulgence puisqu’il les qualifie de « conspirationnistes soft ». Les conspirationnistes s’égarent lorsqu’ils feignent de découvrir que de telles conspirations sont nouvelles puisqu’elles existent depuis que les idéologies sont associées au pouvoir, qu’elles ont quitté le champ philosophique pur. Ils s’égarent encore lorsqu’ils cherchent encore une main-mise unique qui conspirerait en pilotant tous les complots. Bien que pour atteindre leur objectif, certains de ces complots aient besoin d’en organiser d’autres à plus petite échelle, il n’en est pas moins évident qu’en multipliant les intervenants, les ambitions personnelles comme les bas instincts s’en trouvent aussi multipliés. C’est pourquoi considérer qu’une conspiration unique et mondiale existerait, c’est à mon sens nier tout simplement tout individualisme comme toute diversité chez l’homme. Une telle conspiration ne serait alors qu’une formulation théorique issue d’idéaux relevant bien plus actuellement du mysticisme que de la raison. Encore une fois, nous ne serions pas loin de la religion. Mais pour paraphraser Koz, les Français ne seraient-ils pas aussi des religieux « soft » ? Ne peut-on pas considérer que leur modération tant vis à vis des théories conspirationnistes que de la religion démontre leur attachement à la raison bien plus qu’au mystère ? Le cartésianisme suffirait-il à l’expliquer ou faut-il voir dans leur comportement un savant mélange des deux ? Une modération instinctive qui voudrait que le Français se refuse à fabriquer ou admettre une explication dès lors que ses éléments constitutifs ne sont pas prouvés. Serait-il alors plus fainéant d’esprit qu’on ne le croit en refusant de chercher par lui-même ou plus pragmatique qu’on ne se l’imagine lorsqu’il réfute les réponses toutes faites ? Ce sont là deux questions qui méritent d’être approfondies, bien plus intéressantes à mon avis que celle qui renverrait à une éventuelle paranoïa collective.
Je pensais conclure par un oubli de Koz mais, après relecture de son billet, je me suis aperçu qu’il n’avait pas laissé échapper ce sujet de sa réflexion. J’entends par là la dissimulation qu’il traite en fait en conclusion. En effet, je rejoins totalement sa position lorsqu’il préconise comme opposition à ces théories la transparence. La transparence politique, judiciaire, mais aussi celle des idées et des motivations. Et c’est là ou le bât blessera parce que ceux qui nous représentent ou ont comme objectif de le faire n’avoueront jamais ouvertement leurs idées et motivations. Tout comme ils n’avoueront jamais leurs agissements une fois au pouvoir. Tant que nos institutions permettront de se couvrir par des secrets qui ne sont contrôlés par aucune institution indépendante, tant que le soi-disant intérêt supérieur de la Nation ne sera pas défini publiquement, tant qu’il leur sera possible d’utiliser les institutions publiques et pas seulement de se mettre à leur service nous ne pourrons éliminer les agissements des comploteurs. Et ce n’est pas la Presse (sauf rares exceptions) qui y aidera tant les intérêts sont devenus communs et les compromissions nombreuses. Il ne reste aux simples citoyens que nous sommes pour moyen de parvenir à cette transparence que nous souhaitons, tant Koz que moi, qu’à nous y impliquer, à nous exprimer, à publier et à nous manifester.
Jusqu’à ce que certains se mettent à crier à la conspiration civique ?
Eh ben, Koz et toi, vous nous en posez des questions ? On ne va pas s ‘auto-congratuler mais c’est bien.
Autant je crois à une “conspiration”, je veux dire à une réelle volonté, un acte délibéré, dans le phénomène religieux, autant je ne le crois pas en ce qui concerne l’économie.
Le religieux correspond à un acte personnel fondé sur des aspirations “irrationnelles” (terme à prendre de manière non péjorative) que les organisatins religieuses “canalisent” pour créer des communautés de partage spirituel.
L’économie a ses lois naturelles, on pourrait dire “rationnelles” qui a bien des égards échappent à la volonté de ses acteurs. Je parle là bien sûr du système économique qui prévaut aujourd’hui.
Donc il me semble que comparer les deux dans leur finalité ne correspond pas à la réalité. D’ailleurs quelle est la finalité de l’économie sauf à penser de manière cynique que c’est de se mettre beaucoup d’argent (et de pouvoir) dans la poche ? Bref, l’économie est un moyen, le religieux une fin en soi. Mon avis est qu’il peut donc y avoir une conspiration “religieuse” mais qu’une conspiration “économique” n’a pas grand sens. On peut voir une certaine naïveté dans ce dernier point.
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Didier le 21/05 à 08:49
Didier,
Merci pour ton commentaire.
Effectivement je rejoins ton point de vue sur l’économie dans le sens où on la laisse à la place qui devrait être la sienne, c’est à dire une science analytique et humaine ne servant qu’à comprendre les phénomènes se produisant.
Par contre je crois qu’il y a bel et bien une sorte de “conspiration” au niveau de la finance. Lorsque des États pétroliers se mettent d’accord pour dissimuler et mentir sur l’état de leurs réserves et s’accordent avec les multinationales pour augmenter le tarif du baril (choc pétrolier en 73-74), on peut décemment penser qu’il s’agit bien d’une conspiration. À ce sujet le livre d’Éric Laurent, “La face cachée du pétrole” n’a pas été contesté. Lorsque des organisations (Banque mondiale, FMI) peuvent décider du sort de pays en voie de développement quasiment selon leur bon vouloir en les endettant alors que nous savons que depuis trente ans ce système ne fonctionne pas, on pourrait aussi assimiler cela à une forme de conspiration.
Bien sûr, il faut considérer les réserves que j’émets quant à une telle conspiration. Comme je l’ai écrit, je ne crois pas en une organisation hiérarchique qui piloterait tout à partir d’un même fauteuil du type “Word Company”. Par contre, et c’est là où je fais le parallèle avec le dogme religieux, je crois que c’est une forme d’idéologie qui conduit les insitutions politiques décisionnaires à ne placer à la tête de ces organes financiers que ceux qui sont en accord avec eux, même s’ils savent les dégâts que cette idéologie “néo-libérale” provoque. C’est cette propension à n’admettre qu’une seule forme de pensée comme valable qui m’amène à faire ce parallèle. Lorsque tout le monde décrète qu’il n’y a plus qu’une seule forme économique viable et qu’il faille que ça s’impose à tous, j’y vois bien volontiers une forme de sectarisme.
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José le 21/05 à 11:12
Salut… Je ne peux pas être d’accord avec un certain nombre de points que tu évoques.
D’une part, je ne vais pas me lancer dans une concurrence victimaire : est-il plus difficile d’être croyant ou athée en France ? Il me suffit pourtant de regarder autour de moi, dans mon milmieu professionnel, pour constater que ceux qui se revendiquent croyants sont minoritaires. Mais admettons, c’est peut-être une question de perception personnelle, et d’environnement. J’ai pourtant du malà concevoir la pression à laquelle les athées seraient soumis de la part des chrétiens.
Je dis bien des chrétiens car je n’accepte pas l’amalgame que tu fais entre les croyants. Evoquer l’intolérance “des croyants” en invoquant Salman Rushdie est bel et bien un amalgame ! Toi, ou l’un de tes lecteurs, vous allez peut-être me renvoyer à l’Inquisition, mais j’aimerais tout de même que vous me donniez un exemple récent d’appel au meurtre d’un blasphémateur par l’Eglise catholique !!! Désolé si je me fais véhément mais il y a là un raisonnement que j’ai rencontré pendant l’affaire des caricatures et que je retrouve ici : une volonté d’assimiler tous les croyants. Je garde espoir que le véritable islam soit tolérant MAIS même à prendre les franges le splus intolérantes d’une religion, cela fait belle lurette que la manifestation la plus vigoureuse de désapprobation des autorités catholiques est le recours aux tribunaux, et encore est-ce rare.
“Les religions censées véhiculer des messages de paix sont aujourd’hui brandies par des ouailles n’hésitant pas à user de tous les intégrismes les plus violents pour augmenter leurs pouvoir ou influence.” Désolé, mais là je perds l’envie d’argumenter. Ca me met plutôt en colère. Quand donc, pour ne me référer qu’à l’Eglise catholique, cette dernière a-t-elle recours à des intégrismes violents ???
Tu écris que les théories conspirationnistes se développent plus particulièrement dans les pays religieux. Aurais-tu des infos dont je ne dispose pas sur l’Italie, l’Espagne, le Portugal ?
Pour le reste, sur ton dernier paragraphe, tu me sembles tomber un peu dans l’utopie. Les institutions et l’usage qui en est fait sont, pour le coup, à l’image des hommes, de tous les hommes : sans détenir une once de pouvoir politique, sommes-nous nous-mêmes toujours transparents dans “nos idées et nos motivations” ? Je ne dis pas qu’il faille s’en réjouir, bien évidemment pas, mais c’est une donnée à prendre en compte.
Encore une fois, toutes mes sexcuses si je m’emporte un peu mais je commence à être agacé de me voir opposé une prétendue réalité du christianisme qui me semble bien différente de ce que j’en connais, agacé de voir assimiler les croyants de toutes les religions entre eux, et assimiler les plus intégristes (dont on peut - dont on DOIT - se demander s’ils sont toujours fidèles à leur propre religion) et les autres croyants.
Et ce n’est pas parce qu’il y a un Ben Laden, un Ahmadinejad et un Bush dans ce monde, que la religion gagnerait du terrain. Il n’y a là que des intérêts stratégiques très temporels.
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koz le 21/05 à 12:15
Je ne crois qu’il existe une “conspiration du pétrole”. Je suis d’accord pour dire que les apparences y sont mais en vérité, que font les pays producteurs si ce n’est que défendre leurs intérêts économiques. Ce sont ils mis un jour autour d’une table pour être d’accord et fomenter je ne sais quelle action contre les pays consommateurs ? Sûrement pas, ils obéissent aux lois de l’economie et jouent le jeu de celle ci en créant la pénurie et ses conséquences. Ils créent un rapport de force, ce n’est pas nécessairement un complot, plutot une conjonction d’intérêts.
Quant au FMI et à la Banque Mondiale, il s’agit d’instances politiques sujettes aux décisions de ses membres. Y a t-il une conspiration entre ceux qui détiennent le pouvoir dans ces instances (les plus gros contributeurs) contre les pays profitant de leurs financements, franchement je ne le pense pas. On peut critiquer leur fonctionnement, là OK, mais il n’y a pas conspiration.
Le commentaire de Koz m’interpelle aussi. Son agacement est très significatif du mauvais positionnement des “religieux” modérés face à la montée des intégrismes. Il a raison de faire en sorte que ces modérés (position relative vs. les ultras) ne soient pas confondus avec les autres. Mais en même temps, il faut dire que certaines positions de l’Eglise catholique sur certains sujets de société comme l’avortement, l’homosexualité laissent dériver certains vers des excès, certes sans comparaison avec d’autres religions quand je regarde les ultras juifs ou musulmans.
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Didier le 21/05 à 13:39
Koz,
Merci de ta présence ici.
Je n’ai cité l’Église catholique romaine que dans ma perpective de l’assimiler, volontairement, à une conspiration ayant quelque peu réussi. Relire mon article pour toutefois bien comprendre qu’il n’y a rien de péjoratif dans ce que j’écris à son sujet.
En France effectivement, pays laïc, il n’est pas plus difficile officiellement d’être athée que croyant. Mais ce n’est pas forcément le cas ailleurs. Je suis moi-même né au Portugal et ai immigré dans les valises de mes parents. Tu citais le Portugal et c’est pourquoi je rebondis là-dessus. Lorsque je tiens ma position selon laquelle je ne crois pas en Dieu, que selon moi il n’existe pas et est une invention de l’homme, la discussion devient très vite enflammée voire impossible. Lorsque par contre je leur demande comment ils considèrent les musulmans ils me répondent qu’ils croient dans le même dieu qu’eux et que ça ne les gêne pas même s’ils ne respectent pas les mêmes préceptes. C’est ce phénomène que je considère plus difficile pour les athées puisqu’ils refusent toutes les religions alors que les croyants sont très souvent en accord entre eux sur au moins un point, l’existence de Dieu. Pour schématiser, les athées se heurtent aux convictions de tous les croyants et, comme tu le soulèves justement, c’est mon expérience personnelle mais je crois sincèrement que l’on peut l’élargir à un champ beaucoup plus vaste.
Quant à l’Église catholique je ne l’ai pas accusée d’intégrismes violents actuels, j’ai écrit que par le passé ce ne fut pas toujours le cas. Aujourd’hui elle se place plutôt dans une perspective de tolérance quant au respect des autres. Cependant elle considère les autres religions comme “partenaires” mais elle ne souffle mot des athées qui restent, quoiqu’on en dise, de potentielles âmes à “conquérir”. J’écris comme cela me vient à l’esprit mais je te prie de ne pas t’arrêter au sens littéral des mots que j’emploie, j’y place justement des guillemets. Ne pas croire en Dieu reste pour elle un non-aboutissement de la pensée, c’est effectivement une opinion personnelle que j’exprime là mais qui m’a été signifiée par des membres de l’Église, entre autres.
Quant aux chefs d’état que tu cites, je ne les considère pas non plus représentatifs d’une église mais je tiens compte du fait qu’ils n’hésitent pas à s’exprimer au nom de Dieu sans être désavoués par les autorités religieuses concernées. Et ça, ça m’interpelle.
Pour conclure, ne t’excuse pas de t’emporter Koz. Je m’y attendais puisque je le cite en avant-propos de mon billet d’ailleurs et c’est bel et bien pour cela que j’ai préféré engager ce débat sur mon blog et non sur le tien. Tu as été ainsi libre de t’y joindre ou pas et je n’ai pas “envahi” ton espace personnel. Tu l’as accepté et je t’en remercie.
Tu as entièrement raison lorsque tu poses la question de savoir si les plus intégristes observent eux-mêmes les préceptes de leur religion. Il me paraît évident au contraire qu’ils les dévoient.
Didier,
Lorsque la conjonction d’intérêts se fait aux dépens d’une majorité de la population ne peut-on pas parler alors décemment d’une sorte de conspiration ?
Lorsque ceux qui sont placés à la tête des organes décisionnaires ont tous, plus ou moins, le même dogmatisme économique, ne peut-on pas non plus parler de conspiration ? C’est l’uniformité des dogmatismes à ce niveau qui m’interpelle.
Aux deux :
Je voulais avec ce billet engager le débat et pas une polémique. Je crois que ces échanges sont exactement ce que je voulais provoquer, même si je m’attendais à l’agacement de Koz. Je lui demande de sincèrement croire qu’il n’y avait aucune provocation de ma part.
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José le 21/05 à 14:49
Je te crois volontiers, José. Si je m’emporte, ce n’est de toutes façons pas contre toi mais contre certains arguments que j’ai du mal à accepter. A vrai dire, c’est même un choix, que de ne PLUS les accepter : je ne veux plus accepter que l’on mette tout le monde dans le même panier, le lefebvriste comme le salafiste. Même si je ne suis absolument pas lefebvriste, et même si je ne partage vraiment pas leur spiritualité, je préfère tout de même mille fois avoir affaire à un lefebvriste en colère qu’à un salafiste furibard.
Et, franchement, je trouve qu’il y a un vrai risque - signalé par Patrice de Plunkett dans son livre sur l’Opus Dei, que je suis en train de lire : créer un Autre, responsable des malheurs de la société, un bouc émissaire. Je ne doute pas que ce ne soit pas ton objectif. Je dis juste : attention, la démarche n’est pas sans risques.
Pour revenir sur un point : “Cependant elle considère les autres religions comme “partenaires” mais elle ne souffle mot des athées qui restent, quoiqu’on en dise, de potentielles âmes à “conquérir”.” Je te renvoie à l’encyclique de Benoît XVI, Deus Caritas Est, dans laquelle il écrit “la charité ne doit pas être un moyen au service de ce qu’on appelle aujourd’hui le prosélytisme” et dit clairement que le chrétien engagé dans une action caritative “sait quand le temps est venu de parler de Dieu et quand il est juste de Le taire et de ne laisser parler que l’amour”. Je te le cite juste en exemple d’une position très actuelle. Alors, oui, une personne qui croit sincèrement que Dieu existe aura envie d’en convaincre l’autre, mais comment peut-on le lui reprocher ? Imagine simplement : tu as la CERTITUDE que Dieu existe, est-ce que tu garderais cela pour toi ? A l’inverse, je veux bien comprendre que, pour celui qui n’y croit pas une seconde, cet interlocuteur est profondément agaçant. Qu’un mormon vienne m’expliquer que le Messie est de retour et qu’il a guidé les mormons (de l’époque) vers Salt Lake City m’amuse un tant, m’intéresse un peu mais finit par me gonfler fortement s’il insiste trop…
Ceci étant dit, je suis parfois très étonné de me lire moi-même : contrairement à ce que mes lecteurs doivent certainement croire, je suis très loin d’être un bloc de Foi (je rajoute un F majuscule pour qu’on ne confonde pas avec la conserve). Sur mes trente années de vie, je ne suis pas certain de pouvoir comptabiliser plus de quelques heures de véritable foi. Mais bon, j’approuve fortement le message, y trouve une raison d’espérer, refuse de fermer la porte, et m’agace des préjugés que l’on peut entretenir sur l’Eglise.
Encore une fois, avec moi, on s’éloigne du sujet d’origine. Mais bon, plusieurs lignes de ton billet s’y prêtaient !
Publié par
koz le 21/05 à 18:45
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