Vendredi 11 Novembre 2005
Pauvreté fantôme et insécurité permanente
En 1995 Jacques Chirac a 63 ans. Il fait campagne sur la fracture sociale, les médias s’emparent du sujet.
Sur toutes les chaînes de télévision nous voyons la pauvreté dans notre pays, dans tous les journaux nous pouvons lire les témoignages des déshérités. Rien sur tous ceux qui s’enrichissent. La stratégie politique fonctionne, bien servie par la soupe médiatique. Jacques Chirac est élu, Lionel Jospin battu. Le défenseur des classes laborieuses a perdu.
La pauvreté a battu le socialisme.
En 2002 Jacques Chirac a 70 ans. Il fait campagne sur l’insécurité, les médias s’emparent du sujet.
Sur toutes les chaînes de télévision nous voyons la délinquance dans notre pays, dans tous les journaux nous pouvons lire les témoignages des victimes. Rien sur tous ceux qui respectent la Loi. La stratégie politique fonctionne, bien servie par la soupe médiatique. Jacques Chirac est élu, Lionel Jospin est éliminé dès le premier tour au bénéfice de Jean-Marie le Pen, l’ultra-sécuritaire. L’insécurité a enterré le socialisme.
Les pauvres n’existent plus, ils sont devenus délinquants.
En 2007 Jacques Chirac aura 75 ans. Il fera, ou son héritier, probablement campagne sur l’insécurité et la délinquance sauf si Nicolas Sarkozy le fait avant lui en doublant Jean-Marie Le Pen sur sa droite.
Sur toutes les chaînes nous pourrons revoir les images des violences urbaines, dans tous les journaux nous pourrons lire les témoignages des victimes de notre pays. Nous ne verrons rien probablement sur tous ceux qui se seront enrichis ni sur ceux qui respecteront la Loi, toute la Loi. La stratégie politique fonctionnera, bien servie par la soupe médiatique. Un ou l’autre sera élu. Les pauvres n’apparaîtront plus, ils seront devenus des fantômes. Le sécuritarisme, renforcé par la menace terroriste sera devenu notre pain quotidien. Pour éviter de nous confronter aux problèmes de notre pays nous déclencherons peut-être une guerre.
Nous ne serons probablement plus tout à fait la France. Nous aurons peut-être copié un régime allié et ami et envahi un pays plus pauvre que le nôtre.
À moins que… Les pauvres de notre pays ne ressuscitent avant ?
Jeudi 10 Novembre 2005
Pas de droit à l’inventaire ?
Mon ami Laurent, dans un billet, met en lumière le “système vieux”. En effet, comment ne pas rendre à l’évidence. Mais il serait bon de s’interroger sur les raisons ou les causes d’un tel système.
Pourquoi, alors que dans l’entreprise à ces âges-là tout le monde a déjà pris sa retraite méritée, en politique continuons-nous à voir s’accrocher aux instances des poncifs d’après-guerre ?
J’ai pensé un temps à la sagesse, je l’en ai écartée. En effet, la sagesse n’est pas le fruit de l’expérience mais celui du tempérament. Qui sont les plus sages aujourd’hui entre un Nicolas Sarkozy et les “grands frères” sillonnant les banlieues pour calmer les esprits ? Je ne crois pas non plus que Robert Badinter ou Simone Veil soient plus sages aujourd’hui qu’hier, je pense sincèrement qu’ils l’ont toujours été.
Ensuite, j’ai envisagé une divergence due à la différence de générations. En effet, combien de fois notre génération (j’ai 38 ans) n’a-t-elle entendu de nos parents lorsque nous voulions discuter de politique avec eux plus jeunes que ce n’était pas un sujet pour les enfants ? Même s’il subsiste encore de telles attitudes il nous faut constater, et l’Internet a considérablement fait évoluer les mentalités de ce point de vue, que c’est de moins en moins le cas.
Et puis me vint l’idée que c’était une confiscation. Nos dirigeants ont verrouillé l’accès à la représentation nationale en modifiant le système électoral. L’objectif n’était ni plus ni moins, sous couvert d’éviter certains partis dits dangereux, que d’empêcher les nouvelles formations non issues des courants traditionnels d’après guerre d’accéder à la prise de décision. Pourquoi ?
Et si c’était pour empêcher le droit d’inventaire ? Ce que l’on appelle en entreprise un audit…
Et si on nettoyait la racaille au Kärcher ?
“Vous voulez qu’on nettoie tout ça ?”
Office HLM de Paris, frais de bouche de l’Élysée…
“Et bien Madame, on va nettoyer au Kärcher !”
Hauts de Seine, marchés truqués d’Ile de France…
“Vous voulez qu’on vous débarrasse de cette racaille ?”
Juppé, Roussin, Schuller…
“Et bien on va vous en débarrasser !”
“On a nettoyé la racaille !”
Ben, on attend toujours le Kärcher…
“En 2007, Madame, en 2007...”
Mercredi 09 Novembre 2005
À voir et à revoir…
Une famille française ordinaire
Mon père arrive en France en 1964, il travaille alors comme coffreur en bâtiment sur des chantiers de Mulhouse à la Corse et devient très vite chef d’équipe. En 1967 je nais au Portugal, en 1969 j’arrive en France dans les valises de ma mère pour venir rejoindre mon père qui est alors chef de chantier. En 1971, il aura réussi sa carrière professionnelle. Devenu conducteur de travaux, poste de cadre (lui qui avait quitté la pauvreté du régime de Salazar, une dictature), le travail n’a jamais autant porté ses fruits. C’étaient les Trente Glorieuses. Je me souviens encore de la fierté qu’il avait à nous emmener le dimanche matin sur les chantiers qu’il dirigeait.
Qu’en a-t-il été pour ses enfants ?
Très bon élève mais peu studieux, pendant toute mon adolescence mes relations avec mon père vont être conflictuelles. Je ne saurais aujourd’hui, avec le recul, rien lui reprocher. Bien au contraire. Mon père est un brave homme pour qui la famille a toujours tout représenté. L’imbécile, et je reste poli, c’était moi. C’était tout simplement, je crois, un conflit de générations. En effet nous avons 37 ans d’écart. En tout cas ce que je sais, c’est que les principes de droiture avec lesquels j’élève aujourd’hui nos enfants je les lui ai empruntés. Merci Papa.
Après avoir été un des meilleurs techniciens possibles selon mes employeurs et même le constructeur de la marque que nous distribuions, puis un des plus jeunes responsables techniques j’ai subi en 1994 ce que l’on appelle un “accident de la vie” : un très grave accident de la route qui va m’éloigner du monde du travail pendant quatre ans. Jamais je ne réussirai à récupérer la possibilité d’une carrière. Formation, CDD, chômage, pas de ressources… Aujourd’hui j’ai trente-huit ans et je totalise près de huit ans de chômage. Ma retraite ? Je n’ose y penser…
Ma petite sœur, bac+3, est simple vendeuse dans une grosse chaîne de magasins de sport et n’a que peu d’espoir de devenir mieux. Elle aimerait bien faire autre chose mais elle a peur du chômage.
Comme mon grand frère d’ailleurs qui aimerait bien évoluer professionnellement…
Pour certains quartiers de France, “certaines” populations puisque c’est le terme employé (comme si la population française n’était pas unique), l’avenir semble étrangement pire que le passé.
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Mardi 08 Novembre 2005
Les médias s’arrêtent sur la sémantique pour éviter de s’attaquer au mensonge N. Sarkozy
Publié en commentaire en réaction à un article sur le Big Bang Blog.
Mon titre ne se veut pas provocateur. Le mot “racaille” fait vendre (Google Pub) et hormis le fait qu’il fut employé par un ministre d’État, n°2 du gouvernement, n’est qu’un mot. Par ailleurs, je suis peut-être moi-même, à la lecture de certaines définitions, une racaille.
Le fond du problème n’est ni le langage ni le feu aux poudres. Le fond du problème c’est l’exaspération. Nicolas Sarkozy dont je ne juge pas ici la politique s’est lui-même confronté à la réalité. Maire de Neuilly, Président du Conseil Général des Hauts de Seine ne sont pas des fonctions de terrain fertile à la racaille.
Par contre il n’a jamais hésité, en “débarquant” à grands renforts de caméras et de pelotons de CRS, dans des quartiers dits sensibles à prétendre connaitre la vie de leurs habitants. Combien de fois n’a-t-il affirmé, y compris mais surtout au sein de l’hémicycle, qu’il connaissait la vie de ces gens et qu’il vivait comme eux, parlait comme eux, etc. Le fait est qu’il n’en est rien, tout le monde le sait mais personne ne le relève. Il semblerait que ce soit un axiome établi en théorème que personne n’a jamais démontré. L’axiome est invalide et les démonstrations fausses.
Si vous faites partie de mon entourage je vous donnerai le droit de me traiter de “con” parce que je vous connais. Si vous n’en faites pas partie je vous demanderai des excuses et si vous surenchérissez il y a de gros risques que la situation s’envenime. Nicolas Sarkozy n’a jamais et ne fera jamais partie de l’entourage de tous ceux à qui, collectivement, il a asséné le qualificatif de “racaille”. La réaction fut simple, humaine (stupide mais humaine). En gros on pourrait l’interpréter ainsi :
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Lundi 07 Novembre 2005
Passé, Présent, Politique : la règle des 3 P

Après un échange avec mon ami allemand Kai Littmann où je lui demandais la perception allemande de la situation française en rapport des émeutes actuelles, j’en suis arrivé à la conclusion que les causes profondes de ce genre d’évènements sont toujours politiques.
Les Allemands ne comprennent pas notre situation, ils la découvrent avec stupeur et ont peur. Pour tenter de comprendre les origines d’un tel phénomène, le parallèle des systèmes politiques entre nos deux pays est très utile.
Le système politique allemand est très largement plus représentatif que le nôtre. Tout mouvement réunissant plus de 5% des voix est représenté tant au niveau national que régional ou local. Ainsi, chez eux, les citoyens mécontents de leur situation trouvent facilement un forum politique où exprimer leur insatisfaction. Ils sont écoutés. Toute la différence est là. Non parce que les Allemands sont plus démocrates que les Français mais surtout parce que leur système politique a su tirer les leçons du passé. La paupérisation populaire et la non-représentativité ont conduit l’Allemagne au nazisme. Ils ne l’ont jamais oublié.
Nous devons adopter la même démarche en France si nous voulons sortir de la crise que traversons. Il serait d’ailleurs plus juste d’écrire les crises parce que les constats sont sévères sur tous les pans de notre société. En effet la crise est politique,institutionnelle, sociale, économique mais aussi individuelle, familiale et collective. Dans cette situation comment adopter la bonne démarche ? C’est là que nous devons adopter la “règle des 3 P” comme méthode d’analyse et de prospective.
Passé :
La France n’a jamais évacué correctement son passé colonial. Cette histoire s’est transformée en un “racisme” institutionnel. La République, une et indivisible, laïque et sur les frontons de laquelle nous pouvons lire “Liberté, Égalité, Fraternité” n’a jamais été fondamentalement respectée et l’est de moins en moins, y compris et surtout par nos dirigeants économiques et politiques.
Notre pays n’a jamais hésité à faire appel à de la main d’œuvre étrangère, essentiellement africaine après guerre. Il a par l’emploi apporté la liberté à ceux qu’il intégrait mais ne leur a jamais offert l’égalité ni la fraternité. Ils ont été parqués dans des cités, des quartiers où la seule fraternité qu’ils ont connue fut celle de leur communauté. La seule égalité qu’ils ont vécue fut lorsqu’il leur fallait payer, leur argent n’ayant pas la couleur de leur peau. Ces dernières décennies ont vu l’aggravation de toutes ces discriminations malgré l’argent massivement injecté à des fins électorales. Ceux que l’on a appelé pour bâtir, pour reconstruire un pays où ils devaient gagner leur dignité n’ont gagné que leur survie. Et encore l’ont-ils gagnée alors que cette survie semble inaccessible pour la plupart de leurs enfants et petits enfants. Et le présent, c’est eux. C’est principalement de ces populations que sont issus les émeutiers.
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Gaëlle et mon amour
Gaëlle est ma compagne depuis bientôt quatre ans. Dans ma situation (chômeur sans aucune ressource) elle me soutient non seulement matériellement mais aussi moralement. Elle a encouragé et soutenu la création de ce site et est, avec moi, la fondatrice de l’Association que ce site met en vitrine.
Elle ne doute pas, elle est généreuse, elle est femme…
Que demander de plus ?
Sans le demander j’ai eu ce plus : ses enfants.
Sarahdjel et Sébastien sont dans leurs yeux le meilleur reflet que je puisse avoir.
Minette, Seb, ma Zbiboulette, je vous aime…
Gaëlle et mon amour, Gaëlle est mon amour.
Nos enfants nous le montrent tous les jours.
Minette, Seb, ma Zbiboulette, je vous aime tous les jours.
Dimanche 06 Novembre 2005
J’ai mal à la France
Lorsque je vois des habitants des quartiers en proie aux violences actuelles s’en prendre à d’autres habitants de ces mêmes quartiers, j’ai mal à la France.
Lorsque les constats qui s’imposent ne sont pas faits, que le chômage déstructure et rend invisible, lorsque la pauvreté augmente, j’ai mal à la France.
Lorsque je lis la haine ordinaire, lorsque les seuls enjeux électoraux conditionnent la vie du pays, lorsque je lis l’acharnement à décrire le déclin du pays, j’ai mal à la France.
Lorsque j’entends des policiers, autorités de l’État, interpeller des Français en les traitant de “sales Arabes” ou de “bâtards”, j’ai mal à la France.
Lorsque j’entends le Ministre de l’Intérieur employer des termes comme “racaille”, “nettoyer au Kärcher” et conforter les policiers dans l’attitude que j’ai écrite plus haut, j’ai mal à la France.
Lorsque le Président de la République et le Premier Ministre dans une telle situation de crise s’expriment pour ne rien dire, j’ai mal à la France.
Je n’ai pas mal au coeur, au ventre ou à la tête.
J’ai mal à ma France.
Vendredi 04 Novembre 2005
La Religion, l’Histoire et la Science
Publié pour la première fois sur mon ancien blog le 26 janvier 2005 : http://lafrancedenbas.over-blog.com/article-77693.html
Opposer la religion à l’histoire ou à la science est inutile et infondé. Nombre d’historiens et de scientifiques sont croyants sans que cela remette en cause la validité de leurs découvertes.
Quant à la véracité historique de la Bible, elle ne saurait en constituer sa trame. La Bible est un recueil à portée philosophique, elle enseigne des préceptes de vie commune à adopter pour atteindre un idéal collectif et n’a jamais été composée pour servir de livre d’histoire. Dans l’Antiquité, essentiellement guerrière, les figures étaient Achille, Jason et autres combattants d’exception. Dans un passé plus récent ce furent les chevaliers comme Richard, Robin de Locksley ou autres qui représentèrent des idéaux. Personne ne peut s’assurer de la réalité historique des écrits s’y rapportant. La science n’est pas non plus exempte de ces mythifications : Archimède ne découvrit pas le principe de densité dans son bain mais en voulant démontrer l’escroquerie d’un marchand, Newton améliora ses résultats pour en augmenter la portée et était alchimiste. À titre individuel qui peut nier que nous embellissons nos souvenirs ? Pourquoi ? Imaginez un seul instant que nous passions notre temps à ressasser les mauvais… Pour avancer nous préférerons n’en retenir que les leçons. Lorsque ce phénomène se produit au niveau collectif les souvenirs deviennent mythes, ou histoire. Nous connaissons tous les évènements du 14 juillet 1789, mais retenons-nous de façon aussi prégnante les années d’horreur qui suivirent ? Faudrait-il alors en balayer d’un revers de main les avancées que nous en avons retirées ? Cher lecteur, personne ne vous demande de croire en la Bible, ni en Achille ou en la fabuleuse histoire d’Archimède, personne ne vous demande de croire les écrits de nos philosophes actuels, mais ce ne sont pas des arnaques, seulement des exemples, des mythes ou préceptes qui se sont ou se seront avérés suffisamment universels pour être crus et suivis par des populations entières. À ce titre, les dénigrer porte atteinte à tous ceux qui en ont retiré, en retirent ou en retireront un bien-être certain. Ainsi va l’homme.
Et pourtant, elle tourne…
PS : je suis profondément athée, ne vous en surprenne.
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