Mercredi 30 Novembre 2005
La règle des 3P : sortir du modèle travail ?
Nos pays européens, comme la plupart des pays développés, sont confrontés à un problème majeur et durable : leur taux de chômage. Je reste pour ma part persuadé que l’élargissement de l’Europe, pour autant qu’il soit indiscutablement bénéfique aux pays entrants, ne solutionnera d’aucune façon le problème du chômage chez les anciens membres. Selon moi ce chômage est structurel, quoi que l’on en pense ou dise. Certains états le masquent habilement sous une dénomination d’incapacité au travail comme l’Angleterre, d’autres connaissent un travail illégal faisant partie intégrante de leur économie comme l’Italie mais tous vivent l’échec du plein emploi. Nous cherchons dans nos pays les plus développés des solutions à un système qui conduit à produire plus de chômeurs qu’il ne crée d’emplois, y compris en France. Les manœuvres habiles de masquage des statistiques ou de déplacement de catégories (passage d’allocations chômage au RMI en France par exemple) n’ont pour seul effet que de cacher officiellement la réalité que personne ne doit voir : une partie de nos sociétés toujours grandissante (20% des actifs environ) est exclue du champ du travail.
Il ne s’agit pas ici de prendre comme référence ceux qui ne veulent pas travailler, je reste persuadé qu’ils sont extrêmement minoritaires. Les causes de cette exclusion sont aujourd’hui disséquées selon les évènements : les discriminations géographiques (banlieues) sont aujourd’hui constatées mais il y a encore peu c’était le chômage des seniors qui faisait la une de toutes les luttes (Patrick Mayo). Les jeunes de moins de 25 ans sont touchés également, quelle que soit leur origine résidentielle, et les stagiaires sont sur la devanture des revendications. Il n’est pas contestable que les dérives du capitalisme débridé actuel en soient les principales causes et que même les couches moyennes de nos populations se sentent aussi concernées. Ces phénomènes sont aussi visibles si l’on tient compte du glissement des électorats. En effet, on peut constater, que les cadres ont voté en plus grand nombre pour les partis d’extrême gauche à la dernière présidentielle qu’en 1995. On ne doit pas en déduire que les modèles sociaux sont en faillite puisque leurs principes restent ancrés dans les volontés citoyennes mais, par contre, que tous les systèmes de l’Union sans exception ou presque, ne peuvent plus lutter contre un système capitaliste agissant sans aucun intérêt de société mais actionnarial et mondial. Par exigence de rentabilité, les investisseurs institutionnels essorent les entreprises des derniers éléments sur lesquels elles peuvent avoir prise : leur salariat. Les pays nous ayant quasiment rejoint sur leur développement technologique (le Maroc, par exemple) peuvent fournir aujourd’hui les mêmes services délocalisables que les nôtres tels que les centres d’appel mais ceux-là seront rejoints très vite par les pays émergents, les nouvelles technologies le permettant sans contrainte majeure. Ce n’est donc pas le modèle social qui est en panne mais le système de production d’argent qui s’est emballé en se concentrant. Il me semble incohérent de croire qu’en réalisant toujours plus de bénéfices on ne puisse être plus solidaires. Il me semble par contre logique de penser qu’il s’agisse d’un problème politique. Et si nous y réfléchissions selon la règle des 3P ?
Passé :
Après guerre les chantiers de reconstruction étaient immenses, que ce soit au niveau des industries lourdes ou des infra-structures, c’étaient les Trente Glorieuses. Les acquis sociaux comme les congés payés ou les 39 heures associés à l’accroissement du pouvoir d’achat ont permis l’évolution de nouveaux secteurs d’activité comme les loisirs ou le tourisme. La nécessité de faire circuler les personnes et les biens ont rendu indispensables la création de réseaux routiers, ferrés, etc. Tout cela a nécessité une main d’oeuvre considérable dans une population qui avait perdu une bonne partie de ses effectifs pendant la guerre. Àun tel point que l’immigration était nécessaire pour compenser ce manque de bras. Mais l’évolution technologique en spécialisations couplée au vieillissement de nos populations a rendu nécessaire la création d’un secteur tertiaire : celui des services, tant aux entreprises qu’aux personnes. Ce secteur ne produit physiquement rien mais assiste la production ou le commerce. Or ce secteur même suivra avec un léger effet de retard l’évolution du secteur secondaire : la fiabilité des matériels, la délocalisation des technologies lourdes ayant besoin de main d’oeuvre moins chère, la prépondérance du nucléaire français sur les industries du charbon, tout cela a contribué à la diminution des besoins en bras. Pendant ce temps l’agriculture et l’élevage, le secteur primaire, a lui aussi été soumis à de fortes concentrations accompagnées d’une évolution technologique. Si un seul agriculteur nourrissait 10 personnes il y quelques dizaines d’années, il en est vite arrivé à nourrir plusieurs centaines. Cette baisse de besoin en bras n’a pas été, heureusement pour notre démographie, accompagnée par une baisse de notre population. Le secteur tertiaire a donc suivi lui aussi cette évolution et cette suite est tout à fait logique : c’est le progrès technologique qui a conduit à “produire” plus de chômeurs que d’emplois.
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Lorsqu’il faut bien des prétextes…
En réponse à l’article de Philippe Bilger, ”Réactions aux réactions”.
Le rap violent est le prétexte à la violence incriminé par ceux qui ne connaissent pas les environnements culturels qu’ils ne fréquentent et ne fréquenteront probablement jamais. Je le dis sans faire aucun procès d’intention mais un constat. On a eu tant critiqué Renaud, on n’en pensait pas moins de l’humour de Coluche. Le rock c’était La souris Déglinguée ou les Béruriers Noirs mais aussi Noir Désir ou Silmarils. Le rap c’est Monsieur R ou NTM mais aussi I’am… Tous les amateurs de I’am fuient-ils la délinquance et tous ceux de NTM y sombrent-ils ? Non, évidemment… Pourtant certains le feront. Le même procès fut intenté aux jeux de rôle ou aux jeux video, etc. Tous ces mouvements créatifs ne font que relater ou amplifier la réalité que vivent leurs créateurs. Que cette réalité puisse être différente est un fait qui ne doit pas occulter la vue de cette différence.
Croyez-vous, M. Bilger, que je vive la même réalité que votre frère Pierre lorsque nous échangeons sur les entreprises, l’emploi ou les hauts revenus alors que je suis chômeur sans aucune ressource ? Certaines déclarations de grands patrons, voire de ministres dans l’hémicyle déclarant que les chômeurs ne cherchaient qu’à ne rien faire (Jean Auclair, député UMP à l’Assemblée nationale), d’autres, comme celles des dirigeants du MEDEF, ne sont-elles pas violentes pour nous au quotidien ? Leurs positions inciteraient-elles tous les patrons à licencier ? Devrais-je les généraliser ? Savez-vous combien de fois je me suis demandé avec colère si c’était bien cela ma France ? Si le langage gêne que devrait-on penser de celui, “fleuri”, de Jean-Marie Bigard ? Ses admirateurs parlent-ils tous comme lui ou vont-ils le voir justement parce qu’ils ne le font pas ? Roméo et Juliette auraient-ils incité tous les couples d’adolescents interdits à se suicider ensemble où l’histoire fut-elle inspirée d’une réalité ? Il ne faudrait pas prendre les évènements à l’envers… Les musiques, leurs paroles, les loisirs, les arts ne sont que des reflets de nos sociétés. Ils ne la conditionnent pas.
Ce que l’on peut regretter aujourd’hui par contre à mon sens, c’est la perte de valeurs pour l’imaginaire personnel, l’onirique, la part du rêve. Le matérialisme, le consumérisme, les modes sont partout. Certains adolescents d’aujourd’hui, beaucoup trop à mon goût, ne lisent plus. Ils s’immergent dans l’ “hyper-réalité” des jeux de guerre à la première personne. Ils ne supportent plus le silence parce qu’on ne leur a pas appris à structurer leurs pensées ou donné le goût de l’imagination dans laquelle baignaient les jeux de rôle fantastiques par exemple. Ils préfèrent subir les images distrayantes mais violentes sur lesquelles ils ne se poseront aucune question. Ils ne lisent pas Isaac Asimov ou Philip José Farmer mais regardent des mangas animés. Pour s’endormir ils ne lisent pas mais mettent en marche leur téléviseur ou leur radio-cassette sur minuterie pour ne pas avoir à réfléchir. Ceux qui ont la chance d’évoluer dans un environnement intellectuel, social et financier favorables ont les avantages qui vont de pair : milieux scolaire et éducatif en rapport de leur environnement familial. Tous ne sont pourtant pas de bons adolescents au dessus de tout reproche. Parallèlement il se produit le même phénomène dans les quartiers plus défavorisés mais pas avec les mêmes accessits, serait-ce si difficile à concevoir ? Croire que leur musique influence leurs actes c’est les croire incapables de discerner leur réalité de sa retranscription artistique. C’est aussi incohérent que de croire, par exemple, que le catéchisme pousse tous les adolescents qui le suivent à intégrer les Ordres… Encore une fois, certains le feront. Mais “certains”, ce n’est jamais une généralité. Pour donner envie à nos enfants de suivre notre modèle il faut tout simplement que ce modèle soit attrayant, sinon ils s’évadent. C’est aux forces de l’ordre et à la Loi de sanctionner les écarts mais c’est à nous parents, adultes et citoyens de leur redonner le goût du rêve. Surtout avec ceux dont les parents ont le plus grand mal à le faire. Cette société, cette culture c’est aussi la nôtre, même si nous n’en partageons pas toutes les facettes.
Et pour conclure avec une image relative aux chants de guerre qui ne sont surtout destinés qu’à impressionner, tout bon militaire en position de force sait qu’il ne faut jamais encercler totalement sinon c’est le carnage pour les deux parties. Il faut toujours laisser une échappatoire, toujours. Qu’il ne nous plaise pas est notre droit. Mais c’est bel et bien la leur.
Dimanche 27 Novembre 2005
Les VériBlogueurs
J’ai lancé l’initiative “Les VériBlogueurs”. Pour plus d’informations veuillez vous rendre ici.
Mercredi 23 Novembre 2005
L’État et une partie de notre jeunesse : le divorce dans la haine

Les causes des violences urbaines récentes sont multiples et seraient longues à traiter, je ne les traiterai donc pas ici. Cependant, ce qui est le plus frappant, le plus alarmant, c’est la volonté de leurs auteurs de s’attaquer autant aux forces de l’ordre qu’aux pompiers ou même parfois aux médecins. On pourrait dans certains cas l’interpréter comme un rejet d’une certaine classe sociale mais force est de constater que c’est loin d’être une majorité. D’autre part, outre les incendies de voitures ou de poubelles, qui constituent des “combustibles” privilégiés, il faut aussi s’interroger sur les attaques contre les biens publics que sont les écoles, les gymnases, les autobus, etc. Ces multiples cibles qui ne symbolisent malgré tout l’autorité que d’assez loin.
Tous ces éléments s’apparentent plus à ce qui pourrait être assimilé à l’État au sens administratif plutôt que répressif. En effet, les habitants de ces quartiers n’ont pour image de l’État bien trop souvent que ses facettes répressives ou administratives. Ces dernières, lorsqu’elles ne sont pas assimilées à de la répression, semblent bien constituer alors pour eux le symbole d’une oppression. Il ne semble donc pas inutile de s’interroger sur le pourquoi de cette perception sur ces couches défavorisées de notre population.
L’Administration… Un terme vague qu’il importe de définir en fonction de cette perception. Celle-ci n’étant d’ailleurs pas si éloignée de celle que nous en avons tous au quotidien. Si cette entité tentaculaire regroupe des services publics dispensant des aides et des revenus comme les allocations elle est aussi constituée des services ayant en charge d’en reprendre : ce sont les impôts et taxes sous toutes leurs formes mais aussi la redevance télévisuelle, par exemple. Comme pour toute perception, nous retenons plus efficacement les ressentis négatifs que l’inverse, c’est le phénomène du train en retard. Pour combien de citoyens l’administration n’est-elle perçue en priorité négativement que par le simple fait de penser aux impôts ou au Trésor public ? Les habitants des quartiers difficiles vivent au quotidien une situation non seulement d’exclusion mais aussi de discrimination. L’administration française, malheureusement, n’échappe pas à cette mauvaise contribution. Par phénomène tout à fait compréhensible et naturel, les postes publics administratifs échoient à des Français disposant du niveau scolaire suffisant à réussir le concours d’admission. Or ce niveau scolaire est de plus en plus rarement atteint par les habitants de ces quartiers qui, lorsqu’ils le peuvent, n’accèdent bien souvent qu’aux postes de voirie ou de nettoyage public. Il s’ensuit un sentiment de relégation aux postes perçus comme les plus dégradants, comme pour leurs parents ou grand-parents que l’on a fait venir pour effectuer les tâches les plus ingrates. Ce sentiment les conduit à croire que l’État ne veut d’eux que pour cela puisqu’ils ne se sentent pas toujours responsables, parfois à juste titre, de leur insuffisance scolaire. Ces effets d’image sont accentués jusqu’aux services communs comme la télévision publique. Lorsqu’il s’agit de payer la redevance alors que la discrimination est flagrante sur nos écrans, comment s’étonner de l’amplification de ce phénomène ?
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Mardi 22 Novembre 2005
Chômeurs non indemnisés : sous le tapis du plan de cohésion sociale
Le gouvernement Villepin a pour ultime priorité l’emploi, paraît-il. Bon, effectivement ces derniers jours ont plutôt été accaparés par le rétablissement de l’ordre… Mais dans les faits, qu’en est- il ? Je ne peux évidemment pas généraliser à partir de ma seule expérience personnelle mais je ne peux pas non plus m’empêcher de penser que ce qui se passe pour moi doit aussi se passer pour d’autres, non ? Voire beaucoup d’autres…
Je ne suis plus indemnisé par les ASSEDIC depuis le 6 mars 2005. J’avais travaillé en CDD de six mois renouvelé une fois sur la période juillet 2003/juillet 2004, ce qui m’ouvrait droit à 6 mois d’indemnisation qui ont donc été épuisés en mars. J’ai depuis été rappelé par la même entreprise pour compenser la baisse d’effectifs de la période de congés juillet/août 2005 en CDD de deux mois mais ça ne m’a ouvert aucun droit nouveau (il faut 6 mois d’activité pour avoir droit à 3 mois d’indemnisation). Cependant je ne me suis jamais désinscrit des listes de l’ANPE depuis juillet 2004 et j’ai continué à remplir ma déclaration mensuelle sans interruption. Je suis donc bel et bien inscrit à l’ANPE en tant que demandeur d’emploi. Mais, à mon grand étonnement (euh… pas trop grand quand même), de la part de l’ANPE c’est silence radio.
Il est vrai que les mesures de ce gouvernement vis à vis de l’ANPE et des ASSEDIC ont été axées sur les chômeurs de longue durée. Ils s’étaient donc engagés à convoquer en entretien tous les chômeurs de longue durée. Apparemment, je n’en suis pas. Bientôt dix-huit mois ça ne doit pas faire assez… Ils s’étaient aussi engagés à convoquer les bénéficiaires des ASS et du RMI. Ayant une compagne qui a un emploi suffisant pour que je ne rentre pas dans ces catégories qui sont soumises au plafond de ressources du foyer, je n’en suis donc pas.
Paradoxalement, si j’avais fait de fausses déclarations en me déclarant seul j’aurais bénéficié soit de l’ASS (le plus probable) soit du RMI (en dernier lieu). J’aurais alors été certainement convoqué en entretien et un(e) conseiller(e) aurait pris en charge mon dossier. C’est donc à dire que si j’avais fraudé j’aurais bénéficié des nouvelles mesures ou directives enjointes par le Gouvernement. Ça laisse quand même à réfléchir…
Ne coûtant rien à l’État ni aux contribuables je ne fais donc pas partie de ceux dont il faut s’occuper, ni en priorité ni tout court. C’est quand même l’impression que ça donne, non ? Je tiens ici à préciser que je me suis rendu à l’ANPE de moi-même plusieurs fois et qu’il m’a été vaguement répondu qu’on ne pouvait rien faire pour moi… Ils savent donc bien que j’existe.
Lors de la création de l’Association, La e-Cité, je leur ai aussi demandé des renseignements concernant les dispositions qui me permettraient de me salarier. J’ai bien obtenu un rendez-vous à mon domicile mais effectivement, pour me salarier, il faudrait que l’Association bénéficie de subventions, ce qui n’est pas le cas, ou d’un afflux massif d’adhérents pour couvrir la partie non exonérée de mon salaire.
Au total, j’essaie de m’impliquer dans la vie sociale, je travaille quasiment tout mon temps à la technique nécessaire à la réussite de celle-ci mais comme il s’agit d’une association et non d’une entreprise je ne suis aidé par personne… Si je n’avais cette obstination qui me caractérise et le soutien inconditionnel de ma compagne j’avoue que ce serait tout de même quelque peu démoralisant. Pour les pouvoirs publics je ne touche rien donc je n’existe pas.
Ah si… J’ai tout de même payé mes impôts sur le revenu de l’année dernière (décalage normal en France) alors que je suis privé de tout revenu… J’avais oublié les impôts… Ah ben ça console un peu quand même de voir qu’on existe toujours pour l’État…
Samedi 19 Novembre 2005
Le miracle de la vie
Avant le commencement des choses, avant que l’univers n’existe, que vous, que moi n’existions, le soleil et les étoiles, celles que nous voyons et celles que nous ne voyons pas, formaient une masse dense et compacte, plus infime encore qu’un point lumineux. C’est alors que se produisit l’inexplicable : cette masse explosa.
Dix millions d’années plus tard, la gravitation réorganisait le chaos initial en créant des galaxies, des milliards de milliards d’étoiles. Parmi elles la planète Terre, formée alors d’un seul continent. Pendant les quatre cents millions d’années qui suivirent, des éruptions volcaniques vomirent des gaz dans une atmosphère dépourvue d’oxygène. Des radiations violentes réchauffaient les océans acides, des pluies de comètes et d’astéroïdes traversaient l’espace en dégageant une énergie supérieure à tous les arsenaux nucléaires du vingtième siècle. Et pourtant, miraculeusement, la vie apparut : une cellule initiale. Et depuis, tous les arbres de l’Amazonie, tout, tout ce qui est vivant a pour origine cette première manifestation de la vie. Comme vous, comme moi, amis ou ennemis, comme toutes les formes de vie qui existent et qui existeront.
(Space 2063, la série)
Jeudi 17 Novembre 2005
Si j’étais candidat… de la République…
Et bien, que ferais-je ? Rien… Ça c’est un programme ! Remarquez, quand on voit à quoi ressemblent les programmes politiques jamais tenus on se demande bien ce que le mien contiendrait de plus ou de moins. Cinq ans pour ne rien faire, ça devrait être efficace non ? Et bien même pas, je tiendrais un programme sur deux ans et demi et tout ça pour ne rien faire. Ceci dit, ne rien faire n’est pas tout à fait exact puisque j’ai oublié un détail : je rendrais au Peuple sa souveraineté. C’est un détail insignifiant peut-être, mais sans faire une révolution, avouez que ce n’est déjà pas si mal.
- Hop, hop, hop siouplé, là… Arrêtez les flashes le temps que je m’explique, voulez-vous ? Parce que sinon je ne vais jamais arriver à m’exprimer moi… Parce que c’est très désagréable vos trucs, là… Pire qu’un oeuf sur le caillou. Ça y est, on peut y aller ?
- Euhhh… Oui M’sieur.
- Bon, premièrement aussitôt élu je nommerais un gouvernement d’union nationale. Les compétences sont partout. Je ne sais pas moi : un vert à l’écologie, un rose à la politique de la ville, un rouge aux affaires sociales, un bleu à l’économie, un centriste à l’intérieur. Ce gouvernement n’aurait pour seule tâche que de maintenir le statu quo pendant deux ans et demi. Dans quel but ? L’inaction !
- ‘Tain, il est cinglé çui-là !
- Non, non, j’explique… Je n’ai aucune ambition personnelle, moi. Rien à gagner et rien à perdre donc mon intérêt importe peu. Par contre celui de mes enfants, si. Et comme il paraît qu’ils ont 19000 € de dettes sur les épaules j’aimerais savoir exactement de quoi il en retourne. Et si on ne le sait pas exactement, comment voudriez-vous que j’élabore un programme, hein ? Vous pourriez établir les lignes de votre budget vous, si vous ne connaissez ni exactement ce que vous gagnez ni ce que vous dépensez ? On commencerait donc par réaliser en premier lieu un audit des finances publiques. Il paraît que cela existe déjà ? Ah ? Vous l’avez trouvé où ? Savez pas ? Ouf, ça me rassure parce que moi je l’ai cherché… Une fois les résultats de cet audit obtenus, il faudra les expliquer aux Français.
- Et après ?
- Non, pas après, pendant. Pas de temps à perdre en deux ans et demi.
- Oui, donc pendant ?
- Et bien pour rendre la souveraineté au Peuple il faut commencer par lui permettre d’être correctement représenté. Vous trouvez normal vous, que près de 20% des Français ne soient nulle part ?
- Ben non mais vous savez bien de qui vous parlez, là, non ?
- Oui et alors ? Je parle de 20% des Français, pas d’un chef de parti moi, contrairement à vous. Et puis que faîtes-vous de tous ceux qui votent pour les petits partis ?
- Ben vu comme ça…
- Et comment voulez-vous que je le voie ? Je ne sais pas vous mais je suis citoyen, moi. Comme eux. Que leur chef vous pose problème est votre droit, accessoirement le leur mais dans ce cas pourquoi votent-ils pour lui ? Puis vous oubliez que ce serait moi le Président et pas lui…
- Oui, c’est vrai.
- Bon, je peux continuer ? Seconde étape, rétablir la proportionnelle avec un seuil de représentation à 5%. Comme ça on pourra entendre les voix de tout le monde, de tous les Français. Si nécessaire pour faire cette modification, on en passera par référendum et sans campagne électorale.
- Ah ? Et pourquoi ça ?
- ‘Tain, y’a des fois où quand vous ne voulez rien comprendre les journaleux, vous y arrivez bien… Si on totalise le nombre total d’adhérents aux partis en France, on arrive à combien de Français ? Un demi-million ? Et c’est ça que vous appelez une souveraineté populaire ?
- Ben non mais ils n’ont qu’à adhérer aussi…
- Pour suivre qui ? Des gens en qui ils ne font pas confiance et qui sont accrochés à leurs sièges sauf un ou deux ? Ben moi je préfère qu’ils se suivent eux-mêmes.
- Ben, vu comme ça…
- C’est la deuxième fois que vous le voyez comme moi… Voyez quand vous voulez ! Une fois l’audit réalisé, l’État réel du pays connu et la possibilité rendue aux Français de se voir représentés correctement je dissous l’Assemblée nationale.
- Vous aussi ?
- Ben ça servirait à quoi de rendre la possibilité aux Français d’être représentés si on ne ne la concrétise pas ?
- Ben, vu comme ça…
- Vous bégayez, vous… Faut vous reprendre mon petit.
- Faut dire aussi qu’un tel programme, c’est du jamais vu.
- Rendre public l’état du pays et rendre au Peuple sa souveraineté ? Vous avez raison, c’est du jamais vu. C’est bien pour ça que je suis candidat, figurez-vous ! Mais reprenons. On serait alors à la moitié de mon mandat. Les élections législatives passées on saura où se situe le Peuple.
- Et vous n’avez pas peur d’un vote sanction ?
- Sanction contre quoi puisque j’aurai maintenu un statu quo ? Puis vous oubliez que je ne suis ni à droite ni à gauche mais juste un citoyen qui tient à la bonne marche de son pays, moi.
- Oué, un De Gaulle, c’est ça ?
- Ouh la, non… Lui c’était un grand homme. Moi je ne suis qu’un citoyen. Mais si vous tenez absolument à faire la comparaison je dirais que comme lui je n’aurais qu’une parole.
- Et comment vous le prouveriez ?
- Aussitôt les élections législatives passées je mettrais ma démission en jeu par référendum.
- Et pourquoi ça ?
- Parce que j’aurais fait mon job. Celui de rendre la parole aux Français.
- Et s’ils vous demandent le départ ?
- Ben, je retournerai faire ce que je faisais avant, au milieu de ma famille. Touti rikiki maousse kosto… Et crapoto mastafuite.
- Pardon ?
- Pouvez pas comprendre, z’êtes trop jeune.
- Ah d’accord. Ben, tout réfléchi… C’est p’têt bien le programme le plus sensé qu’on ait eu jusqu’à présent.
- Oh, vous savez bien que les candidats commencent déjà à se bousculer au portail.
- Justement, qu’est-ce qui vous fait croire que vous seriez retenu et que vous obtiendriez les signatures ?
- Rien… Si ce n’est que j’arriverais par la petite porte, moi… Mais par contre que je serais seul à vouloir la passer.
- Bon ben, bonne chance alors ?
- Pas de la chance qu’il faut pour ça… Juste du bon sens.
- Ben, vu comme ça…
- Encore ? Décidément j’ai de plus en plus l’impression qu’on voit les choses de la même manière, non ?
- Euhhh… P’têt bien.
- Voyez que ça tient la route ? Allez, viendez on passe à l’apéro...
Si j’étais candidat… De la République…
Lundi 14 Novembre 2005
Les années Chirac : mensonges et châtiments
Jacques Chirac a déclaré à l’annonce du couvre-feu qu’après le retour à l’ordre les décisions qui s’imposent seront prises. L’heure étant grave et non sujette à polémique personne ne s’est encore interrogé sur ce que cela voulait dire. Effectivement, l’heure est grave mais pour cerner l’importance de l’enjeu il convient de tirer un bilan. Comment en est-on arrivé là ?
Les analyses des sociologues, des experts politiques, de toutes les “grosses têtes” de nos élites ne suffisent pas à l’expliquer. Tous les médias s’appuient sur elles mais ils se sont eux-mêmes coupés des réalités tant leur imbrication avec les pouvoirs économiques et politiques est importante. Personne n’entend plus ce que dit, ce que pense, ce que ressent la France. Et contrairement à ce que peuvent penser nos dirigeants, la France ce n’est pas un gouvernement ou un président, la France c’est un peuple. Le peuple n’est ni sourd ni aveugle. Les dangers de la mondialisation comme ses enjeux, il les connaît et les pratique. Il lit, s’informe, débat, confronte ses idées. Les forums et blogs constituent autant de lieux d’échange que les élites politiques, celles qui ont bien compris où se situaient les nouvelles formes de communication, tentent d’investir. Les agoras ne sont plus sur les places mais sur la toile publique. On y trouve les archives, l’actualité et les opinions, donc largement de quoi se forger des opinions. Comment éviter de tirer un bilan sur l’action d’une personnalité centrale de notre pays depuis plus de trente ans ? Quel bilan et quels constats ?
Jacques Chirac et l’Europe, l’exercice du pouvoir
Les hommes politiques ne changent pas, ils peuvent varier ou assouplir leurs positions mais ne changent pas car ceux qui changent ne réussissent pas. Notre système politique est un système de réseaux d’influence et de soutiens, de partis. Qu’il en soit regrettable est un débat, mais qu’il en est ainsi est un constat.
En 1978 Jacques Chirac rédigeait dans sa chambre d’hôpital (après un accident de voiture en Corrèze) l’Appel de Cochin où il dénonçait le parti de l’étranger : l’UDF de Valéry Giscard d’Estaing, alors président de la République et fervent partisan de la construction européenne. Jacques Chirac refuse déjà ce qu’il dénonce comme l’hégémonie allemande et tempête contre l’adhésion du Portugal et de l’Espagne en assurant que nous n’avions pas résolu les problèmes liés à cette intégration.
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Dimanche 13 Novembre 2005
L’aveu de François Hollande
François Hollande était l’invité du vrai journal sur Canal+ ce dimanche. Rien d’extraordinaire, le relatif succès de sa motion au Parti socialiste faisait de lui un invité dans l’actualité. Pour autant, bien que n’ayant rien apporté au débat politique, il a fait un aveu digne d’être relevé.
En effet, devant un public bigarré, multicolore, multisocial il a déclaré, en rendant hommage aux élus socialistes des villes de banlieues, qu’il regrettait que l’Assemblée nationale ne soit pas représentative de la population. Qu’en tant que Premier secrétaire du Parti il regrettait de n’avoir pas fait en sorte que ses élus ne représentent pas leur population et qu’il était anormal que les élus des banlieues où le malaise social est particulièrement important aient besoin d’intermédiaires pour dialoguer avec les jeunes et les habitants des cités. Et que comme pour la parité homme-femme, il s’engagerait à respecter la pluralité sociale des candidats aux prochaines législatives… Il était temps.
Remarquons cependant qu’il a fallu une loi pour imposer la parité homme-femmes. En faudra-t-il une aussi pour respecter la représentativité ? Dans quelle démocratie serions-nous si tel était le cas ? Les représentants du peuple ne le sont plus, bel aveu…
Notre démocratie a plus de deux cents ans, la cinquième République en aura bientôt cinquante et nous apprenons par la bouche de François Hollande que nos représentants ne l’ont jamais été. Rectification : nous ne l’apprenons pas, eux si.
L’aveu de François Hollande : tout un programme ou simple effet d’annonce ? À quand un Président de la République chômeur ?
Joyeux anniversaire Papa…
Aujourd’hui c’est l’anniversaire de mon père.
Joyeux anniversaire Papa, merci d’être toujours là.
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