Mercredi 14 Décembre 2005
Le chômage : contrôle des masses ?
Il existe plusieurs formes de contrôle des masses, en passant par les idéologies ou les religions, mais la plus efficace s’avère la peur. Les sentiments négatifs ont ceci de particulièrement exploitables qu’ils sont particulièrement prégnants à court terme. L’exploitation des peurs est devenu le critère principal des partis politiques. De la peur de l’étranger à celle de l’insécurité en passant par celle du terrorisme jusqu’à celle du chômage, toutes les peurs sont exploitées. Lorsque je dis que ce sont les peurs qui sont exploitées je le dis en réaction au langage employé en politique : lutte contre le terrorisme, bataille contre l’insécurité, guerre contre le chômage, etc. Les termes employés sont tous forts, particulièrement belliqueux et tout le monde sait qu’en langage politique, tous les termes sont soigneusement choisis.
Contre l’insécurité ou le terrorisme la lutte c’est le renforcement des contrôles, que ce soit celui des déplacements ou des communications. Contre le chômage c’est la manipulation des chiffres, des statistiques qui est employé puisque la réalité est beaucoup moins facilement influençable parce qu’elle ne dépendrait pas seulement du bon vouloir des autorités politiques.
Il semblerait toutefois que ce ne soit pas tout à fait exactement le cas mais que certaines décisions puissent influencer très sensiblement les taux de chômage. Le Professeur MODIGLIANI, éminent économiste, s’exprimait ainsi déjà en 2000 :
“POUR LE PROFESSEUR MODIGLIANI, LA BCE EST RESPONSABLE DU CHÔMAGE ÉLEVÉ EN EUROPE
M. Franco MODIGLIANI, professeur au MIT et lauréat du prix Nobel d’économie en 1985, a accusé hier la Banque centrale européenne d’être responsable du taux de chômage élevé que connaît l’Europe.
Intervenant dans le cadre de l’audition publique organisée par la commission économique et monétaire présidée par Mme Christa RANDZIO-PLATH (PSE, D), il a exprimé son affliction devant cet “affreux chômage massif” et a dénoncé le manque d’ambition de l’objectif de 10% de chômeurs. “Aussi longtemps que ce taux n’est pas descendu à 3%, les efforts ne peuvent être relâchés”, a-t-il déclaré. A ses yeux, si ce taux est aussi élevé, “c’est que la BCE le veut”. La BCE “programme le chômage”, a-t-il ajouté, avant de proposer que la commission invite la Banque centrale à exposer sa stratégie de l’emploi et à expliquer son attitude qui considère le chômage comme “quantité négligeable”. “Ils ne peuvent pas vous dire qu’il ne maîtrise pas la demande, parce que pour maîtriser l’inflation, vous devez maîtriser la demande”. Rapporteur du Parlement sur les grandes lignes directrices pour l’économie en 2000, M. Giorgos KATIFORIS (PSE, Gr) a approuvé et appelé la commission à envoyer une lettre officielle en ce sens à la Banque centrale.
Le professeur Modigliani a rappelé aux députés que les salaires étaient extrêmement rigides en Europe. Dans ces conditions, il est nécessaire de s’inspirer de la pensée keynésienne et de l’idée de doper la demande réelle pour créer des emplois. “Le chômage existe en Europe parce qu’il n’y a pas d’emplois”, devait-il souligner. Et de préciser encore que “l’emploi est déterminé par l’investissement”, que là, le rôle de la BCE est évident puisqu’elle agit sur l’investissement au moyen des taux d’intérêts. “Peut-être la BCE ne le sait-elle pas, mais tous les autres le savent”.
Le professeur Modigliani a également constaté l’existence d’autres rigidités sur le marché européen du travail et a évoqué la “surprotection” des travailleurs. Il a noté que des changements s’opéraient et, tout en reconnaissant l’importance de mesures favorisant l’offre, il a insisté sur la complémentarité entre les politiques favorisant l’offre, d’un côté, et axées sur la demande, de l’autre.”
Source ici : Parlement européen
Il convient de s’interroger sur le bien-fondé de telles déclarations à caractère économique. En effet, il est légitime alors de se demander s’il y a d’autres raisons à un taux de chômage aussi élevé qu’économiques, ou plus précisément financières. Ceux qui seraient tentés de croire le contraire se trompent : des études très approfondies montrent que le taux de chômage diminue très fortement si l’offre de travail augmente. Logique, me direz-vous ? Pas pour tout le monde puisque certains continuent d’affirmer que les chômeurs le sont parce qu’ils ne veulent pas travailler…
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Mercredi 30 Novembre 2005
La règle des 3P : sortir du modèle travail ?
Nos pays européens, comme la plupart des pays développés, sont confrontés à un problème majeur et durable : leur taux de chômage. Je reste pour ma part persuadé que l’élargissement de l’Europe, pour autant qu’il soit indiscutablement bénéfique aux pays entrants, ne solutionnera d’aucune façon le problème du chômage chez les anciens membres. Selon moi ce chômage est structurel, quoi que l’on en pense ou dise. Certains états le masquent habilement sous une dénomination d’incapacité au travail comme l’Angleterre, d’autres connaissent un travail illégal faisant partie intégrante de leur économie comme l’Italie mais tous vivent l’échec du plein emploi. Nous cherchons dans nos pays les plus développés des solutions à un système qui conduit à produire plus de chômeurs qu’il ne crée d’emplois, y compris en France. Les manœuvres habiles de masquage des statistiques ou de déplacement de catégories (passage d’allocations chômage au RMI en France par exemple) n’ont pour seul effet que de cacher officiellement la réalité que personne ne doit voir : une partie de nos sociétés toujours grandissante (20% des actifs environ) est exclue du champ du travail.
Il ne s’agit pas ici de prendre comme référence ceux qui ne veulent pas travailler, je reste persuadé qu’ils sont extrêmement minoritaires. Les causes de cette exclusion sont aujourd’hui disséquées selon les évènements : les discriminations géographiques (banlieues) sont aujourd’hui constatées mais il y a encore peu c’était le chômage des seniors qui faisait la une de toutes les luttes (Patrick Mayo). Les jeunes de moins de 25 ans sont touchés également, quelle que soit leur origine résidentielle, et les stagiaires sont sur la devanture des revendications. Il n’est pas contestable que les dérives du capitalisme débridé actuel en soient les principales causes et que même les couches moyennes de nos populations se sentent aussi concernées. Ces phénomènes sont aussi visibles si l’on tient compte du glissement des électorats. En effet, on peut constater, que les cadres ont voté en plus grand nombre pour les partis d’extrême gauche à la dernière présidentielle qu’en 1995. On ne doit pas en déduire que les modèles sociaux sont en faillite puisque leurs principes restent ancrés dans les volontés citoyennes mais, par contre, que tous les systèmes de l’Union sans exception ou presque, ne peuvent plus lutter contre un système capitaliste agissant sans aucun intérêt de société mais actionnarial et mondial. Par exigence de rentabilité, les investisseurs institutionnels essorent les entreprises des derniers éléments sur lesquels elles peuvent avoir prise : leur salariat. Les pays nous ayant quasiment rejoint sur leur développement technologique (le Maroc, par exemple) peuvent fournir aujourd’hui les mêmes services délocalisables que les nôtres tels que les centres d’appel mais ceux-là seront rejoints très vite par les pays émergents, les nouvelles technologies le permettant sans contrainte majeure. Ce n’est donc pas le modèle social qui est en panne mais le système de production d’argent qui s’est emballé en se concentrant. Il me semble incohérent de croire qu’en réalisant toujours plus de bénéfices on ne puisse être plus solidaires. Il me semble par contre logique de penser qu’il s’agisse d’un problème politique. Et si nous y réfléchissions selon la règle des 3P ?
Passé :
Après guerre les chantiers de reconstruction étaient immenses, que ce soit au niveau des industries lourdes ou des infra-structures, c’étaient les Trente Glorieuses. Les acquis sociaux comme les congés payés ou les 39 heures associés à l’accroissement du pouvoir d’achat ont permis l’évolution de nouveaux secteurs d’activité comme les loisirs ou le tourisme. La nécessité de faire circuler les personnes et les biens ont rendu indispensables la création de réseaux routiers, ferrés, etc. Tout cela a nécessité une main d’oeuvre considérable dans une population qui avait perdu une bonne partie de ses effectifs pendant la guerre. Àun tel point que l’immigration était nécessaire pour compenser ce manque de bras. Mais l’évolution technologique en spécialisations couplée au vieillissement de nos populations a rendu nécessaire la création d’un secteur tertiaire : celui des services, tant aux entreprises qu’aux personnes. Ce secteur ne produit physiquement rien mais assiste la production ou le commerce. Or ce secteur même suivra avec un léger effet de retard l’évolution du secteur secondaire : la fiabilité des matériels, la délocalisation des technologies lourdes ayant besoin de main d’oeuvre moins chère, la prépondérance du nucléaire français sur les industries du charbon, tout cela a contribué à la diminution des besoins en bras. Pendant ce temps l’agriculture et l’élevage, le secteur primaire, a lui aussi été soumis à de fortes concentrations accompagnées d’une évolution technologique. Si un seul agriculteur nourrissait 10 personnes il y quelques dizaines d’années, il en est vite arrivé à nourrir plusieurs centaines. Cette baisse de besoin en bras n’a pas été, heureusement pour notre démographie, accompagnée par une baisse de notre population. Le secteur tertiaire a donc suivi lui aussi cette évolution et cette suite est tout à fait logique : c’est le progrès technologique qui a conduit à “produire” plus de chômeurs que d’emplois.
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Lundi 14 Novembre 2005
Les années Chirac : mensonges et châtiments
Jacques Chirac a déclaré à l’annonce du couvre-feu qu’après le retour à l’ordre les décisions qui s’imposent seront prises. L’heure étant grave et non sujette à polémique personne ne s’est encore interrogé sur ce que cela voulait dire. Effectivement, l’heure est grave mais pour cerner l’importance de l’enjeu il convient de tirer un bilan. Comment en est-on arrivé là ?
Les analyses des sociologues, des experts politiques, de toutes les “grosses têtes” de nos élites ne suffisent pas à l’expliquer. Tous les médias s’appuient sur elles mais ils se sont eux-mêmes coupés des réalités tant leur imbrication avec les pouvoirs économiques et politiques est importante. Personne n’entend plus ce que dit, ce que pense, ce que ressent la France. Et contrairement à ce que peuvent penser nos dirigeants, la France ce n’est pas un gouvernement ou un président, la France c’est un peuple. Le peuple n’est ni sourd ni aveugle. Les dangers de la mondialisation comme ses enjeux, il les connaît et les pratique. Il lit, s’informe, débat, confronte ses idées. Les forums et blogs constituent autant de lieux d’échange que les élites politiques, celles qui ont bien compris où se situaient les nouvelles formes de communication, tentent d’investir. Les agoras ne sont plus sur les places mais sur la toile publique. On y trouve les archives, l’actualité et les opinions, donc largement de quoi se forger des opinions. Comment éviter de tirer un bilan sur l’action d’une personnalité centrale de notre pays depuis plus de trente ans ? Quel bilan et quels constats ?
Jacques Chirac et l’Europe, l’exercice du pouvoir
Les hommes politiques ne changent pas, ils peuvent varier ou assouplir leurs positions mais ne changent pas car ceux qui changent ne réussissent pas. Notre système politique est un système de réseaux d’influence et de soutiens, de partis. Qu’il en soit regrettable est un débat, mais qu’il en est ainsi est un constat.
En 1978 Jacques Chirac rédigeait dans sa chambre d’hôpital (après un accident de voiture en Corrèze) l’Appel de Cochin où il dénonçait le parti de l’étranger : l’UDF de Valéry Giscard d’Estaing, alors président de la République et fervent partisan de la construction européenne. Jacques Chirac refuse déjà ce qu’il dénonce comme l’hégémonie allemande et tempête contre l’adhésion du Portugal et de l’Espagne en assurant que nous n’avions pas résolu les problèmes liés à cette intégration.
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Dimanche 13 Novembre 2005
L’aveu de François Hollande
François Hollande était l’invité du vrai journal sur Canal+ ce dimanche. Rien d’extraordinaire, le relatif succès de sa motion au Parti socialiste faisait de lui un invité dans l’actualité. Pour autant, bien que n’ayant rien apporté au débat politique, il a fait un aveu digne d’être relevé.
En effet, devant un public bigarré, multicolore, multisocial il a déclaré, en rendant hommage aux élus socialistes des villes de banlieues, qu’il regrettait que l’Assemblée nationale ne soit pas représentative de la population. Qu’en tant que Premier secrétaire du Parti il regrettait de n’avoir pas fait en sorte que ses élus ne représentent pas leur population et qu’il était anormal que les élus des banlieues où le malaise social est particulièrement important aient besoin d’intermédiaires pour dialoguer avec les jeunes et les habitants des cités. Et que comme pour la parité homme-femme, il s’engagerait à respecter la pluralité sociale des candidats aux prochaines législatives… Il était temps.
Remarquons cependant qu’il a fallu une loi pour imposer la parité homme-femmes. En faudra-t-il une aussi pour respecter la représentativité ? Dans quelle démocratie serions-nous si tel était le cas ? Les représentants du peuple ne le sont plus, bel aveu…
Notre démocratie a plus de deux cents ans, la cinquième République en aura bientôt cinquante et nous apprenons par la bouche de François Hollande que nos représentants ne l’ont jamais été. Rectification : nous ne l’apprenons pas, eux si.
L’aveu de François Hollande : tout un programme ou simple effet d’annonce ? À quand un Président de la République chômeur ?
Jeudi 10 Novembre 2005
Pas de droit à l’inventaire ?
Mon ami Laurent, dans un billet, met en lumière le “système vieux”. En effet, comment ne pas rendre à l’évidence. Mais il serait bon de s’interroger sur les raisons ou les causes d’un tel système.
Pourquoi, alors que dans l’entreprise à ces âges-là tout le monde a déjà pris sa retraite méritée, en politique continuons-nous à voir s’accrocher aux instances des poncifs d’après-guerre ?
J’ai pensé un temps à la sagesse, je l’en ai écartée. En effet, la sagesse n’est pas le fruit de l’expérience mais celui du tempérament. Qui sont les plus sages aujourd’hui entre un Nicolas Sarkozy et les “grands frères” sillonnant les banlieues pour calmer les esprits ? Je ne crois pas non plus que Robert Badinter ou Simone Veil soient plus sages aujourd’hui qu’hier, je pense sincèrement qu’ils l’ont toujours été.
Ensuite, j’ai envisagé une divergence due à la différence de générations. En effet, combien de fois notre génération (j’ai 38 ans) n’a-t-elle entendu de nos parents lorsque nous voulions discuter de politique avec eux plus jeunes que ce n’était pas un sujet pour les enfants ? Même s’il subsiste encore de telles attitudes il nous faut constater, et l’Internet a considérablement fait évoluer les mentalités de ce point de vue, que c’est de moins en moins le cas.
Et puis me vint l’idée que c’était une confiscation. Nos dirigeants ont verrouillé l’accès à la représentation nationale en modifiant le système électoral. L’objectif n’était ni plus ni moins, sous couvert d’éviter certains partis dits dangereux, que d’empêcher les nouvelles formations non issues des courants traditionnels d’après guerre d’accéder à la prise de décision. Pourquoi ?
Et si c’était pour empêcher le droit d’inventaire ? Ce que l’on appelle en entreprise un audit…
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