Mercredi 09 Novembre 2005
Une famille française ordinaire
Mon père arrive en France en 1964, il travaille alors comme coffreur en bâtiment sur des chantiers de Mulhouse à la Corse et devient très vite chef d’équipe. En 1967 je nais au Portugal, en 1969 j’arrive en France dans les valises de ma mère pour venir rejoindre mon père qui est alors chef de chantier. En 1971, il aura réussi sa carrière professionnelle. Devenu conducteur de travaux, poste de cadre (lui qui avait quitté la pauvreté du régime de Salazar, une dictature), le travail n’a jamais autant porté ses fruits. C’étaient les Trente Glorieuses. Je me souviens encore de la fierté qu’il avait à nous emmener le dimanche matin sur les chantiers qu’il dirigeait.
Qu’en a-t-il été pour ses enfants ?
Très bon élève mais peu studieux, pendant toute mon adolescence mes relations avec mon père vont être conflictuelles. Je ne saurais aujourd’hui, avec le recul, rien lui reprocher. Bien au contraire. Mon père est un brave homme pour qui la famille a toujours tout représenté. L’imbécile, et je reste poli, c’était moi. C’était tout simplement, je crois, un conflit de générations. En effet nous avons 37 ans d’écart. En tout cas ce que je sais, c’est que les principes de droiture avec lesquels j’élève aujourd’hui nos enfants je les lui ai empruntés. Merci Papa.
Après avoir été un des meilleurs techniciens possibles selon mes employeurs et même le constructeur de la marque que nous distribuions, puis un des plus jeunes responsables techniques j’ai subi en 1994 ce que l’on appelle un “accident de la vie” : un très grave accident de la route qui va m’éloigner du monde du travail pendant quatre ans. Jamais je ne réussirai à récupérer la possibilité d’une carrière. Formation, CDD, chômage, pas de ressources… Aujourd’hui j’ai trente-huit ans et je totalise près de huit ans de chômage. Ma retraite ? Je n’ose y penser…
Ma petite sœur, bac+3, est simple vendeuse dans une grosse chaîne de magasins de sport et n’a que peu d’espoir de devenir mieux. Elle aimerait bien faire autre chose mais elle a peur du chômage.
Comme mon grand frère d’ailleurs qui aimerait bien évoluer professionnellement…
Pour certains quartiers de France, “certaines” populations puisque c’est le terme employé (comme si la population française n’était pas unique), l’avenir semble étrangement pire que le passé.
Suite...
Mardi 08 Novembre 2005
Les médias s’arrêtent sur la sémantique pour éviter de s’attaquer au mensonge N. Sarkozy
Publié en commentaire en réaction à un article sur le Big Bang Blog.
Mon titre ne se veut pas provocateur. Le mot “racaille” fait vendre (Google Pub) et hormis le fait qu’il fut employé par un ministre d’État, n°2 du gouvernement, n’est qu’un mot. Par ailleurs, je suis peut-être moi-même, à la lecture de certaines définitions, une racaille.
Le fond du problème n’est ni le langage ni le feu aux poudres. Le fond du problème c’est l’exaspération. Nicolas Sarkozy dont je ne juge pas ici la politique s’est lui-même confronté à la réalité. Maire de Neuilly, Président du Conseil Général des Hauts de Seine ne sont pas des fonctions de terrain fertile à la racaille.
Par contre il n’a jamais hésité, en “débarquant” à grands renforts de caméras et de pelotons de CRS, dans des quartiers dits sensibles à prétendre connaitre la vie de leurs habitants. Combien de fois n’a-t-il affirmé, y compris mais surtout au sein de l’hémicycle, qu’il connaissait la vie de ces gens et qu’il vivait comme eux, parlait comme eux, etc. Le fait est qu’il n’en est rien, tout le monde le sait mais personne ne le relève. Il semblerait que ce soit un axiome établi en théorème que personne n’a jamais démontré. L’axiome est invalide et les démonstrations fausses.
Si vous faites partie de mon entourage je vous donnerai le droit de me traiter de “con” parce que je vous connais. Si vous n’en faites pas partie je vous demanderai des excuses et si vous surenchérissez il y a de gros risques que la situation s’envenime. Nicolas Sarkozy n’a jamais et ne fera jamais partie de l’entourage de tous ceux à qui, collectivement, il a asséné le qualificatif de “racaille”. La réaction fut simple, humaine (stupide mais humaine). En gros on pourrait l’interpréter ainsi :
Suite...
Lundi 07 Novembre 2005
Passé, Présent, Politique : la règle des 3 P

Après un échange avec mon ami allemand Kai Littmann où je lui demandais la perception allemande de la situation française en rapport des émeutes actuelles, j’en suis arrivé à la conclusion que les causes profondes de ce genre d’évènements sont toujours politiques.
Les Allemands ne comprennent pas notre situation, ils la découvrent avec stupeur et ont peur. Pour tenter de comprendre les origines d’un tel phénomène, le parallèle des systèmes politiques entre nos deux pays est très utile.
Le système politique allemand est très largement plus représentatif que le nôtre. Tout mouvement réunissant plus de 5% des voix est représenté tant au niveau national que régional ou local. Ainsi, chez eux, les citoyens mécontents de leur situation trouvent facilement un forum politique où exprimer leur insatisfaction. Ils sont écoutés. Toute la différence est là. Non parce que les Allemands sont plus démocrates que les Français mais surtout parce que leur système politique a su tirer les leçons du passé. La paupérisation populaire et la non-représentativité ont conduit l’Allemagne au nazisme. Ils ne l’ont jamais oublié.
Nous devons adopter la même démarche en France si nous voulons sortir de la crise que traversons. Il serait d’ailleurs plus juste d’écrire les crises parce que les constats sont sévères sur tous les pans de notre société. En effet la crise est politique,institutionnelle, sociale, économique mais aussi individuelle, familiale et collective. Dans cette situation comment adopter la bonne démarche ? C’est là que nous devons adopter la “règle des 3 P” comme méthode d’analyse et de prospective.
Passé :
La France n’a jamais évacué correctement son passé colonial. Cette histoire s’est transformée en un “racisme” institutionnel. La République, une et indivisible, laïque et sur les frontons de laquelle nous pouvons lire “Liberté, Égalité, Fraternité” n’a jamais été fondamentalement respectée et l’est de moins en moins, y compris et surtout par nos dirigeants économiques et politiques.
Notre pays n’a jamais hésité à faire appel à de la main d’œuvre étrangère, essentiellement africaine après guerre. Il a par l’emploi apporté la liberté à ceux qu’il intégrait mais ne leur a jamais offert l’égalité ni la fraternité. Ils ont été parqués dans des cités, des quartiers où la seule fraternité qu’ils ont connue fut celle de leur communauté. La seule égalité qu’ils ont vécue fut lorsqu’il leur fallait payer, leur argent n’ayant pas la couleur de leur peau. Ces dernières décennies ont vu l’aggravation de toutes ces discriminations malgré l’argent massivement injecté à des fins électorales. Ceux que l’on a appelé pour bâtir, pour reconstruire un pays où ils devaient gagner leur dignité n’ont gagné que leur survie. Et encore l’ont-ils gagnée alors que cette survie semble inaccessible pour la plupart de leurs enfants et petits enfants. Et le présent, c’est eux. C’est principalement de ces populations que sont issus les émeutiers.
Suite...
Gaëlle et mon amour
Gaëlle est ma compagne depuis bientôt quatre ans. Dans ma situation (chômeur sans aucune ressource) elle me soutient non seulement matériellement mais aussi moralement. Elle a encouragé et soutenu la création de ce site et est, avec moi, la fondatrice de l’Association que ce site met en vitrine.
Elle ne doute pas, elle est généreuse, elle est femme…
Que demander de plus ?
Sans le demander j’ai eu ce plus : ses enfants.
Sarahdjel et Sébastien sont dans leurs yeux le meilleur reflet que je puisse avoir.
Minette, Seb, ma Zbiboulette, je vous aime…
Gaëlle et mon amour, Gaëlle est mon amour.
Nos enfants nous le montrent tous les jours.
Minette, Seb, ma Zbiboulette, je vous aime tous les jours.
Dimanche 06 Novembre 2005
J’ai mal à la France
Lorsque je vois des habitants des quartiers en proie aux violences actuelles s’en prendre à d’autres habitants de ces mêmes quartiers, j’ai mal à la France.
Lorsque les constats qui s’imposent ne sont pas faits, que le chômage déstructure et rend invisible, lorsque la pauvreté augmente, j’ai mal à la France.
Lorsque je lis la haine ordinaire, lorsque les seuls enjeux électoraux conditionnent la vie du pays, lorsque je lis l’acharnement à décrire le déclin du pays, j’ai mal à la France.
Lorsque j’entends des policiers, autorités de l’État, interpeller des Français en les traitant de “sales Arabes” ou de “bâtards”, j’ai mal à la France.
Lorsque j’entends le Ministre de l’Intérieur employer des termes comme “racaille”, “nettoyer au Kärcher” et conforter les policiers dans l’attitude que j’ai écrite plus haut, j’ai mal à la France.
Lorsque le Président de la République et le Premier Ministre dans une telle situation de crise s’expriment pour ne rien dire, j’ai mal à la France.
Je n’ai pas mal au coeur, au ventre ou à la tête.
J’ai mal à ma France.
Dimanche 30 Octobre 2005
Nicolas Sarkozy est un danger pour la République
Il y a déjà quelque temps je publiais un article ”Nicolas Sarkozy : glissement sémantique contrôlé”. Cet article fut refusé par Agora Vox mais pourtant il est plus que jamais d’actualité.
Aujourd’hui Nicolas Sarkozy ne veut pas seulement de l’équité mais passer au “Kärcher” certains quartiers. Il tient aussi à débarrasser certains quartiers de leur racaille… Curieuse conception de sa population que peut avoir un Ministre de l’Intérieur…
Quelle est la France selon Nicolas Sarkozy ?
Lutte contre le chômage, lutte pour l’emploi ou guerre contre les chômeurs ?
La politique pour l’emploi menée par le gouvernement Villepin devrait, selon le Premier Ministre, être menée sur tous les fronts. Dans les faits, qu’en est-il ?
Je suis chômeur depuis juillet 2004, bien qu’ayant effectué un CDD de deux mois en juillet et août 2005 pour la même entreprise qui m’avait employé en 2003-2004. Je n’ai jamais été rayé des listes de demandeurs d’emploi et continue à “pointer” toutes les fins de mois. Par contre, je ne bénéficie d’aucune prise en charge personnalisée comme le clame si fièrement notre gouvernement. La raison la plus probable est que je ne suis pas indemnisé. Effectivement, mes droits se sont terminés en mars. Ayant la “chance” de vivre avec une compagne, je ne bénéficie non plus d’aucune allocation, ni ASS ni RMI. Je suis donc un chômeur de longue durée qui ne rentre dans aucune politique de lutte contre le chômage… Combien dans mon cas ?
Revenons à ma compagne pour corroborer ce constat. Sa petite entreprise cherche à embaucher un ouvrier supplémentaire et pour ce faire s’est adressée à l’ANPE. Les candidats se présentent et leur réflexion sur le choix du futur embauché est en cours. La conseillère ANPE vient aux nouvelles, jusque là rien d’étonnant. Sauf lorsque l’entretien ne vise plus l’embauche effective mais vise à reprocher à ma compagne de ne pas avoir noté tous les noms de ceux qui ont répondu et en l’occurrence s’ils l’avaient fait positivement ou négativement. C’est alors que ma compagne a conclu la conversation en renvoyant la conseillère faire son travail au lieu de lui demander de le faire à sa place. C’est vrai que ça pourrait s’assimiler quasiment à de la délation… Non ?
Si l’on récapitule on a donc certains chômeurs qui, non indemnisés, n’intéressent personne et une ANPE qui demande aux employeurs qui ont fait appel à elle de relever les noms de tous ceux qui répondent afin de déterminer parmi ceux qu’elle aurait recommandé qui l’a fait ou pas… En ayant à l’esprit que des sanctions pour refus ont été mises en place la démarche est plus qu’explicite.
À titre personnel il est vrai que, n’étant ni indemnisé ni allocataire, je ne suis pas sanctionnable…
Alors la bonne question est bien la suivante : lutte contre le chômage, contre son indemnisation ou contre les chômeurs ?
Jeudi 27 Octobre 2005
Vous aurez sans doute remarqué…
Vous aurez sans doute remarqué que je publie aussi sur Europeus et sur Agora Vox.
Si, si… Djiddy Pibbee, c’est bien moi, José. Maintenant, soyons franc. M’était-il possible de continuer à exprimer les mêmes idées, avec la même entité, mais avec deux personnages différents ? Non, je ne suis malheureusement pas schizophrène. En conséquence, je vous demanderai de bien vouloir considérer que lorsque “Djiddy Pibbee a dit”, ce soit José qui l’ait fait…
Jeudi 13 Octobre 2005
Ce que fut le modèle social français
Une fois de plus sur le sujet crucial pour notre société qu’est le chômage, on peut constater le glissement d’un traitement social vers un traitement technique.
Le chômage est devenu un problème humain et social, et à ce titre il est celui de tous. Il faudrait peut-être réintégrer cette composante essentielle dans les raisonnements statistiques et globaux.
Le modèle social français c’était surtout le modèle d’entreprise français et de là en découlait le modèle de protection sociale. Souvenons-nous : il n’y a pas si longtemps, un ouvrier Danone était protégé par son entreprise, il était logé Danone, il était chauffé Danone, il mangeait Danone et en échange de ces avantages qui induisaient sa disponibilité il se sentait investi par et pour Danone. Il y a encore peu (je prends pour exemple le cas de mon père, arrivé ouvrier en France et ayant fini sa carrière cadre moyen), le chef d’entreprise se souciait du logement de ses employés, quitte à le lui fournir dans le cas d’une entreprise de gros oeuvre en bâtiment comme celle de mon père. Il n’hésitait pas à licencier un ouvrier incompétent mais s’interdisait de le faire pour tous les autres tant que son entreprise gagnait de l’argent. Il savait que son entreprise était prospère grâce à la fidélité et à l’investissement de sa base. L’humain était au centre de l’entreprise comme au centre de la société. C’était cela le modèle social français et c’était bel et bien cela que tout le monde nous enviait depuis les Lumières. L’humain au centre de tout et non la finance, c’est en ces termes que s’est imposée la Révolution.
Ce temps là est révolu me répondrez-vous. Certes mais rien n’empêche de revenir à un traitement humain et non technique comme d’autres pays ne l’ont jamais oublié.
La précarité a été introduite avec le temps partiel et le CDD, elle a été aggravée par la facilité de licencier. On a ainsi pu se débarrasser plus facilement des salariés, les utiliser comme de simples outils qu’on peut mettre à la réforme avant qu’ils ne soient usés, et ce sans risque de pénurie tellement ils sont nombreux…
On ne peut pas demander à un salarié de s’investir dans une entreprise lorsqu’il y travaille la peur au ventre du chômage ou lorsqu’il sait qu’il n’y travaillera plus dans trois mois. Et encore faut-il souvent remarquer qu’il donne plus de coeur à l’entreprise qu’elle ne le lui rend.
Mais que constate-t-on sur le sujet du chômage ? Que traiter d’un problème social et humain comme celui-ci devrait se faire en termes techniques, quelle ineptie !
Suite...
Mardi 04 Octobre 2005
Journée de mobilisation nationale : cachez cette crise que je ne saurais voir.
À l’heure où j’écris ces lignes il est difficile d’envisager la portée de la journée de mobilisation nationale mais il est toutefois un fait connu : les Français approuvent très majoritairement ce mouvement.
En ce sens, en tant qu’acteur social, il faut s’efforcer de rester objectif. Il est indispensable que ce mouvement soit un succès massif. Le mécontentement est réel et profond, tous les symptômes d’une crise sociale sont visibles. Ni les médias ni les dirigeants ne nous décrivent la réalité de la vie quotidienne des français, le décrochage est quasi-total.
Les Français ont déjà “tiré” deux sommations dans les urnes : le 21 avril 2002 et le 29 mai 2005. La crainte est que 2007 ne soit la dernière. Pour éviter d’en arriver là il convient de désamorcer le risque dès aujourd’hui.
Un succès franc et massif aurait l’avantage de fixer l’opinion publique.
Mais le succès d’un tel mouvement ne pourrait être assuré s’il pénalise d’autres citoyens. Il faut une adhésion et non un ressentiment. Cette adhésion est aujourd’hui possible de manière beaucoup plus large qu’en 2002, le sentiment de mépris de l’opinion publique ayant depuis été renforcé par le non-respect du message des scrutins.
Le ressentiment populaire est fort, il serait inconscient de le sous-estimer.
Les classes politiques veulent-elles réellement faire avancer le débat démocratique alors qu’elles souffrent toutes de la désaffection des Français pour leurs partis ? Ne serait-il pas temps en ce cas de leur proposer un vrai changement qui irait dans le bon sens populaire ?
S’il leur est impossible d’influencer la politique suivie, ne serait-il pas judicieux d’en permettre un contrôle populaire accru ?
Des problèmes attaqués par les mauvais angles aux effets d’annonce, des revirements gouvernementaux aux luttes fratricides pour le pouvoir, des “révélations” médiatiques sur l’état de santé de tel ou tel couple à la présence gouvernementale massive au mariage de la fille de l’homme le plus riche de France, de tout cela les Français sont las.
Les dégâts occasionnés par ces comportements sont considérables. Il ne devrait pas être impossible aux Français d’empêcher une telle fuite en avant pendant une durée de cinq ans sans aucun moyen d’intervention, c’est anti-démocratique.
Suite...
Statistiques
Cette page a été vue 110103 fois
Page générée en 0.4085 secondes
45 requêtes effectuées
Le déboguage est en arrêt
Pour cette section :
Nombre d'articles : 79
Nombre de commentaires : 210
Nombre de trackbacks : 12
Dernier article le : 03/06/2007 13:10
Dernier commentaire le : 08/03/2008 20:14
Pour l'ensemble du site :
Nombre de membres : 3
Membres connectés : 0
Invités : 10
Anonymes : 0
Dernier visiteur le : 05/07/2008 23:46
Le maximum de visiteurs simultanés est de 86, atteint le 16/06/2007 09:10