Lundi 27 Mars 2006
Les « entrepreneurs » n’aiment pas les Français
“Miguel Membrado a réagi à mes propos. Il ne méritait pas à titre personnel mon coup de sang qui était dû à l’exaspération de voir ce genre d’attitudes se multiplier.”
Ce titre procède bien évidemment mais délibérément d’un amalgame et bien sûr je n’en pense pas un mot. Cependant, je commence à en avoir plus qu’assez de voir que de telles généralisations, assorties d’une ignorance de notre société des plus idéologiquement orientées, sont de plus en plus répandues, y compris et surtout chez nos forces vives. Ceux qui ont du talent et des compétences, de l’énergie à revendre s’y complaisent le plus ouvertement, y compris mais probablement surtout lorsqu’ils ont des niveaux d’études supérieurs. De quelle généralité suis-je en train de traiter ? Celle qui voudrait, conformément à mon titre, que les « entrepreneurs » n’aimeraient pas les Français ? Non bien sûr, mais de son contraire.
J’en ai marre de lire ici et là, comme chez Miguel Membrado ou Laurent Bervas que « Les Français n’aiment pas les « entrepreneurs ».
Pourquoi ce coup de colère ? Parce que des esprits si vifs et si créateurs se laissent manipuler par des idées reçues qui confortent une idéologie, parce qu’ils se laissent aller sans réflexion ni même vérification sommaire à des dénigrements systématiques de leurs compatriotes. Ainsi peut-on lire chez eux que 65% des Français n’aimeraient pas les « entrepreneurs » et choisiraient d’intégrer la Fonction Publique. Outre le fait que je ne vois pas en quoi intégrer la Fonction Publique représenterait un quelconque désamour envers les créateurs d’entreprise, c’est tout simplement absurde et mensonger.
Démontage :
Le titre du billet de Miguel Membrado est « Les Français n’aiment pas leurs entrepreneurs », basé sur « ce qu’il voit » mais aussi les informations sur lesquelles il se base :
Premier paragraphe :
« C’est malheureusement l’état d’esprit dominant en France. Il n’y a qu’à regarder les revendications des jeunes (et moins jeunes) dans les rues, faisant passer les “patrons” pour des exploiteurs, prêts à profiter de tout salarié qui passe, à le licencier dès que c’est possible, etc… »
Plus loin :
« Et tous mes amis entrepreneurs, et amis de mes amis, sont comme moi, je le sais, on en parle souvent. »
Ou encore :
« 65% des jeunes veulent entrer dans la fonction publique », basé sur un billet qui affirme que « Entendu et lu ici et là, 65% des jeunes de 15 à 30 ans espèrent pouvoir entrer dans la fonction publique ! Les deux arguments avancés dans les différentes interviews sont :
sécurité de l’emploi…
respect des horaires…
65% des jeunes dans la fonction publique, fonction publique financée par les impôts des contribuables et donc entre autre par les impôts des “35%” restant n’ayant pas la chance d’avoir la sécurité de l’emploi ni l’assurance de pouvoir sortir à 17h pétantes de son bureau, n’y a-t-il pas un sacré décalage avec la réalité de la vie actuelle ? »
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Samedi 25 Mars 2006
CPE : les inepties de nos institutions
Récemment, chez lui, Koz voulait m’envoyer, non sans humour, faire un stage de démocratie en Biélorussie parce que je posais la question de savoir si notre pays en était réellement une. Chez Pierre Bilger, Lionel Lindemann me reprochait de toujours vouloir trouver des boucs émissaires aux malheurs de notre société et me rétorquait que nous avions les élites que nous méritions. Il est vrai que j’utilise parfois des formules lapidaires pour critiquer leurs agissements… Mais, au risque de leur déplaire, je persiste à croire que notre démocratie et sa représentativité sont en crise.
Qu’entends-je par là ? Il ne s’agit pas d’un simple déni de démocratie comme j’ai pu le lire ou de la gourmandise exacerbée d’une certaine catégorie de politiciens comme j’ai pu l’écrire, bien que cette dernière existe. Non, il s’agit de manipulations à fins électorales ou bassement politiciennes qui ont conduit nos institutions aux dysfonctionnements qu’elles connaissent. Il est absolument anormal que les électeurs du Front National qui représentent quasiment 20% des électeurs selon la dernière élection présidentielle ne soient pas représentés à l’Assemblée Nationale, ce n’est pas démocratique. C’est aussi le cas pour d’autres petits partis. Pourquoi doit-on considérer que c’est anormal ? Parce qu’un député ne représente pas une circonscription mais la Nation. Il est élu dans une circonscription mais pas « pour » sa circonscription. Il est bel et bien le représentant de la Nation entière dans sa circonscription et non l’inverse, qui relève du Sénat. Leur assemblée doit assurer la représentativité de tout le pays, dans toute sa diversité. Selon cela je considère que l’Assemblée Nationale n’est représentative que partiellement et que cela pose un problème démocratique réel. On pourrait aussi arguer de la diversité culturelle et sociale qui n’est pas reflétée au sein de l’hémicycle mais c’est là un sujet qui ne relève pas de nos institutions.
D’autre part un fonctionnement démocratique consiste à ériger des contre-pouvoirs à tous les pouvoirs pour préserver un équilibre nécessaire et empêcher des dérives autoritaires. Mais là aussi je considère qu’il y a eu des abus par manipulations de calendrier électoral. Jacques Chirac était contre le quinquennat mais l’a fait adopter, jusque là rien à redire. Cependant comment considérer autrement qu’une manipulation la dissolution de l’Assemblée lorsque le calendrier électoral législatif s’avère synchrone avec l’élection présidentielle ? Ce serait tout de même fantastiquement hypocrite de n’y voir qu’un hasard. Nous avons donc bien à faire à des manipulations des institutions récentes. Bien sûr, en l’occurrence il s’agit de manipulations venant de la droite et on pourrait tout aussi bien faire le même genre de reproches à la gauche. Personnellement je ne suis ni d’un bord ni de l’autre même si je ne cache pas mes sensibilités qui consistent à envisager toujours les conséquences pour les plus faibles. Mais la France n’est-elle pas une République démocratique et sociale selon l’article premier de sa Constitution ? C’est cette Constitution qui est ma référence et non un quelconque programme électoral.
Je considère que ces deux dernières manipulations électorales ont été des manquements graves à l’esprit même de la Constitution française.
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Vendredi 24 Mars 2006
CPE : la régression de trop ?
Je suis inquiet, très inquiet, j’ai peur pour mon pays. Les manifestants étudiants de Rennes ont prévenu qu’ils rejoindraient les casseurs si leurs revendications pacifiques n’étaient pas entendues (Le Télégramme de Brest). L’université de Rennes a toujours été à la tête lors de ce type de combats puisqu’elle est emblématique du mouvement étudiant de mai 1968. Il ne faudrait pas interpréter ce genre de déclarations comme des menaces, c’est une alerte qui intervient après la crise des banlieues qui a frappé la France en fin d’année dernière.
Pour ma part je tente d’alerter depuis trop longtemps déjà les politiques à ce sujet sans aucun succès. Encore récemment je l’ai fait chez Alain Lambert, préjugeant de sa bonne foi mais je me suis lourdement trompé. Préférant mal interpréter une métaphore sur la Révolution, il m’a renvoyé à la violence de mes propos. En lui répondant que j’étais conscient de cela et lui retournant la question en lui demandant si lui était conscient de la violence quotidienne que subissent nos concitoyens, il a affirmé vouloir répondre avant dimanche soir à un courriel privé que je lui avais alors envoyé. Je n’ai toujours pas eu ce courriel, voilà la preuve de l’état du dialogue démocratique dans notre pays : inexistant. Les engagements comme les promesses ne sont pas tenues. Dans l’état de tension que vit notre pays, c’est tout aussi révélateur qu’inquiétant. Alain Lambert peut retourner dans sa citadelle vérifier les horloges et les serrures, son aveuglement combiné à sa surdité sauveront probablement son « intégrité » politicienne, cela ne suffira pas pour sauver sa représentativité. C’est aussi cela, le drame de notre démocratie.
Aujourd’hui les étudiants et lycéens n’excluent plus de radicaliser leur mouvement et de le rendre violent, la seule question qu’ils se posent concerne jusqu’à quel degré de violence ils souhaitent aller… Le drame de notre démocratie encore.
Les syndicats doivent se rendre à Matignon cet après-midi. Ce que craignent les étudiants c’est qu’ils acceptent de négocier avant le retrait pur et simple du CPE, ce qu’ils prendraient pour un abandon et une quasi-traîtrise. Je souhaite ardemment que les syndicats en tiennent compte, ce qu’ils ont semblé faire en demandant au Premier Ministre de recevoir tous les acteurs syndicaux et associatifs concernés. Effectivement, comment ne pas comprendre que l’abandon de l’exigence du CPE ne contribuerait pas à radicaliser le mouvement estudiantin ?
Nous sommes au bord d’un gouffre et celui-ci se nomme l’insurrection. Trop de nos concitoyens, et de plus en plus, n’ont plus rien à perdre. Comment ne pas comprendre ce qu’ils ressentent aujourd’hui ? Ce n’est pas une déprime puisque un tel sentiment ne se ressent que dans la solitude. Ce n’est plus de la colère puisque celle-ci est passagère. Comment ne pas admettre que ce sentiment qui submerge la société française est celui de la révolte ? Si ces sentiments se fédèrent et se regroupent, comment ne pas comprendre qu’il s’agirait alors d’une insurrection ?
J’ai proposé une solution de sortie de crise, j’espère toujours être entendu. Mais je suis inquiet et moi aussi profondément révolté d’avoir tant averti sans avoir été entendu…
Notre pays est au bord du drame, une nouvelle fois j’ai mal à ma France.
Jeudi 23 Mars 2006
Des éclairages très intéressants sur le CPE
Chez Dimitri Houtcieff, professeur de Droit qui a retranscrit un débat à l’Université d’Evry et chez Frédéric Rolin, qui pose des questions clefs en cas de modification du projet.
Les commentaires sont parfois tout aussi intéressants que les billets.
Mardi 21 Mars 2006
ANPE-ASSEDIC : le suivi personnalisé
Je n’ai pas “pointé” aux ASSEDIC en début de mois pour voir si cela susciterait une réaction. Elle est arrivée ce matin, je vous la livre.
Monsieur,
Nous vous rappelons que les demandeurs d’emploi qui ne satisfont pas à l’obligation de renouvellement de leur demande d’emploi cessent d’être inscrits comme demandeur d’emploi (1).
N’ayant pas actualisé votre situation pour le mois dernier, vous ne serez pas indemnisé pour ce mois et vous cessez d’être inscrit sur la liste des demandeurs d’emploi à compter du 28 février 2006.
Dans le cas où vous seriez à nouveau demandeur d’emploi, vous devrez vous réinscrire en appelant le 0 811 01 01 (+ le N° de département) (coût d’un appel local).
Restant à votre disposition, nous vous prions d’agréer, Monsieur, nos salutations distinguées.
Le Directeur
(1) Articles R. 311-3-2, R.311-3-3 et R. 311-3-10 du Code du Travail
ATTENTION
Si vous contestez la présente décision, vous devez dans un délai de deux mois à compter de cette notification :
- exercer d’abord un recours administratif auprès du Directeur Délégué de l’ANPE de votre département
- saisir ensuite éventuellement le tribunal administratif
Un petit peu d’ironie à mon tour :
Monsieur le Directeur,
Devant tant de sollicitude de votre part, je me permets humblement de vous rappeler que je ne suis plus indemnisé depuis le 6 mars 2005 alors si vous saviez l’effet que peuvent me faire vos rappels… Par contre j’accepte bien volontiers votre invitation à recourir administrativement auprès du Directeur Délégué de l’ANPE de mon département qui saura probablement manifester à mon égard la même considération que celle dont vous venez de faire la preuve. Et même si vous restez à ma disposition, ce dont je doute sincèrement tant vous devez avoir de travail vous au moins, je le ferai directement sans vous importuner plus longtemps.
Je vous salue de façon tout aussi distinguée.
Dimanche 19 Mars 2006
Mayetic : Aeschlimann m’aurait “tuer” (V)
Derniers développements de l’affaire Mayetic sur “Alea non jacta est”, c’est le contre coup du coup de la secousse Mayetic.
Mardi 14 Mars 2006
Sortir de l’impasse politique CPE : proposition

J’ai bien évidemment des opinions et des sentiments personnels mais je suis profondément démocrate et mon souci premier, lorsque je fais des propositions, est toujours de tenter de respecter la plus stricte neutralité. C’est ce que j’avais fait avec le REC, je vais tenter de le faire avec le CPE.
La crise politique actuelle résulte essentiellement d’une erreur politique : l’utilisation du 49.3 par un gouvernement très largement majoritaire a été interpretée, à juste titre, comme une forme d’autoritarisme. Ce n’était pas nécessaire et même très déconseillé dans l’état de la société française. Allons-nous de nouveau prendre le risque d’émeutes et d’un couvre-feu ? Je propose une solution qui saura, je l’espère en tout cas, rassembler toutes les orientations et qui permettra de sortir de cette impasse.
Le CPE est, d’après le gouvernement Villepin, une mesure destinée à lutter contre la précarité existante et non à l’aggraver. Le constat de précarité des jeunes ne peut être ignoré, que l’on soit de gauche, de droite, centriste ou comme moi simple citoyen. Mais alors, prenons en considération la dimension sociale que pourrait prendre une telle mesure. Le Parti Socialiste ne s’était pas opposé au CNE, le MEDEF non plus et aujourd’hui celui-ci soutient le CPE. La limite d’âge ne restreignant pas le CNE, elle ne saurait donc constituer la motivation principale d’un tel soutien au CPE. Il semble donc logique que cette motivation soit d’étendre le principe de la période d’essai de deux ans aux grosses structures.
- Les zones gégraphiques où les situations de précarité, le chômage et la pauvreté sont les plus flagrantes sont connues : il s’agit des zones urbaines sensibles, les ZUS.
- Ce sont aussi les jeunes de ces zones qui ont le plus besoin de garanties et qui en ont le moins : discriminations diverses, manque de garanties financières, etc.
- Le CPE, toujours d’après le gouvernement Villepin, ajoute de nouvelles garanties aux contrats existants : bancaire, logement et autres.
- Les employeurs potentiels de ces zones sont aussi de grandes entreprises : les enseignes de la grande distribution, par exemple.
- Les jeunes de ces zones sensibles seraient les plus concernés par ce type de contrat puisqu’ils sont aussi les moins qualifiés.
En vertu de tous ces éléments, je propose que l’on retire le CPE mais que l’on étende exceptionnellement le CNE aux entreprises de plus de vingt salariés, ceci uniquement dans le cas des zones au plus fort taux de chômage des jeunes. Cet aménagement serait évalué sur une période de trois ans et l’on pourrait alors en tirer des enseignements remarquables parce que :
- Ce sont dans ces zones que les taux de chômage sont les plus élevés et une amélioration significative de la situation ne souffrirait d’aucune contestation.
- Cette période de trois ans permettrait de voir si le CNE accompagne vraiment les demandeurs d’emploi vers des CDI ou pas.
D’autre part cela aurait le mérite de ne pas se réveler une mesure discriminante par restriction d’âge.
Petite scène d’humilité à l’attention des “entrepreneurs”
Il existe des gens qui n’ont pas ou peu d’ambition personnelle, qui ne demandent pas grand chose à la société à laquelle ils participent. Ces gens lui demandent de leur permettre de vivre une vie simple, normale, en bonheur et avec leur famille. Ils ont aussi des enfants, ne sont pas des idiots et savent eux aussi décrypter la société dans laquelle nous vivons. Et comme ce sont des gens qui n’ont pas eu l’ambition de se rendre sur les quatre “coins” de la Terre ils ont largement eu le temps, plus encore probablement que les autres, d’en analyser celle du pays où ils vivent.
Dans le cas des Français, ces gens là voient bien que depuis plus d’une trentaine d’années les combats sociaux ne se font quasiment jamais pour acquérir des droits mais pour ne pas en perdre. Et lorsqu’on les ampute petit à petit de leurs droits mais qu’en plus on leur impose toujours plus de devoirs ou de contraintes, lorsqu’on leur trouble toujours plus le quotidien qu’ils se sont construits sans autre ambition que d’y vivre en paix, tout simplement hors de la pauvreté avec leurs enfants, et bien ils cherchent par tous les moyens démocratiques qu’ils ont de l’empêcher. Y compris par des contestations, des manifestations ou des grêves. C’est à ceux qui ne le comprennent pas, ne le tolèrent pas, et ne tarissent pas d’éloges sur d’autres pays d’aller y vivre si ça les incommode. Sinon ils sont libres de participer au débat ou d’organiser eux aussi des manifestations pro-CPE…
C’est à force de ne pas user d’un droit qu’on se le voit confisqué. Le vote mais aussi le débat, fut-il parlementaire, fait partie de ces droits. La contestation aussi. Faire passer des lois de cette nature en rafale et en force, dans le contexte social que connaît notre pays, c’est ôter l’un des derniers remparts qui constitue la protection salariale et sociale. Lorsqu’une partie du peuple significative conteste le pouvoir, il ne part pas à l’étranger mais remonte vers son siège.
Quant aux talents et initiatives, croit-on sincèrement que l’on va leur permettre de s’exprimer dans le détail avec un tel contrat ? C’est à l’État d’inciter à leur expression par la recherche, voire des grands travaux si nécessaire. Le pays est dans l’état qu’il est parce qu’il a été excessivement mal géré (rapport Pébereau), pourquoi les salariés devraient-ils en supporter les conséquences alors que les profits continuent d’exploser en France ? Comme j’ai tenté de l’analyser dans l’article personnel précédent, il s’agit bel et bien, si l’on en prend la globalité, d’un modèle de société que l’on veut nous imposer. Il est aisément compréhensible qu’une bonne partie de notre population n’en veuille pas et lutte pour l’éviter.
Dimanche 12 Mars 2006
Pourquoi le CPE s’inscrit-il dans une politique globale et laquelle : la règle des 3P
Ce texte est un exercice de plaidoyer, une expression libre de ma pensée. En ce sens il peut s’avérer beaucoup trop lonp pour mes lecteurs qui s’attacheraient plus à la réactivité de mon blog qu’à mes capacités d’analyse mais il exprime réellement l’état d’une importante communauté de la population française : celle du peuple. Mes lecteurs ont tout à fait le droit d’être convaincus du contraire mais en retour je m’approprie la liberté de penser que je sais ce que ce même peuple en pense.
“Le peuple n’existe pas. Je le sais j’en fais partie”.
Pourquoi le CPE s’inscrit-il dans une politique globale et laquelle : la règle des 3P
Il y a quelques jours, mon voisin Laurent Bervas me demandait en commentaire ce que je pensais du CPE. Le CPE n’est qu’une des mesures de ce gouvernement et on ne doit pas juger, sous peine de s’égarer dans le raisonnement, une politique en détachant les mesures les unes des autres. Gouverner, c’est prévoir et, pour comprendre l’état du pays aujourd’hui, il faut analyser les politiques qui ont été suivies depuis cinq, dix, vingt ans voire plus selon les champs d’analyse. La politique de l’emploi menée par les derniers gouvernements de droite est un leurre. L’embryon de projet social a été avorté et les cercles de pouvoir économiques et financiers y ont joué toute leur part. Rien que de très naturel pour un gouvernement de droite, certes. Mais ce n’est pas à la lueur d’aujourd’hui qu’il faut chercher les dégâts, c’est à celles des lendemains.
Le gouvernement Villepin agit dans la précipitation par l’usage du 49.3 avec le point de mire de la présidentielle comme moteur. Cette précipitation et cette intense activité politique jouent les rôles de masques. Des décisions prises, parfois dans la cacophonie et l’impréparation la plus totale comme pour le projet de loi DADVSI, il ne faut pas retenir seulement le caractère immédiat mais les perspectives qu’elles ouvrent. Celles-ci sont pour le moins dangereuses pour la société française. Non pas par les hommes ou femmes qui sont nos interlocuteurs gouvernants mais par les intérêts de ceux qui les manipulent. Depuis une vingtaine d’années, en France, les politiques intérieures ne sont plus dirigées par le Président de la République mais par les premiers ministres à qui la tâche a été déléguée. Lorsque ceux-ci sont en concurrence, ils entrent en surenchère permanente de propositions électorales destinées non pas au peuple français mais à ceux qui soutiennent les tremplins que représentent les carrières politiques. Les élites politiques nationales ont été dissociées des peuples dans l’intérêt international, le sacro-saint marché. C’était l’objectif de la construction européenne via le TECE mais il a probablement échoué. Aujourd’hui, après ce désaveu, les pouvoirs économiques mais aussi financiers n’ont d’autre possibilité d’augmenter leur sphère d’influence que par la main-mise sur les organes du pouvoir, tous si possible. Les représentants ne l’étant plus, le marché a déconnecté les oligarques républicains de leurs peuples en les corrompant. Ils n’ont plus rien d’élites, ces personnages que l’on considérait il y a encore une vingtaine d’années comme des personnalités émérites ayant brillé par leur conduite politique et celle des peuples. Ces élites, tant intellectuelles que politiques n’existent plus. Leur disparition programmée s’est faite sur deux générations et la conséquence en est l’absence totale de projet de société chez tous les dirigeants politiques, ils ont choisi de « pragmatiser » leur exercice. Sous ce doux euphémisme se cache une allégeance, une subordination aux lois du marché : c’est ce qui est naturellement appelé le principe de subsidiarité. La décharge des fonctions de l’État vers des organisations supérieures est déjà en service depuis le début des années soixante-dix, c’est à cette époque que remonte la mutation de nos sociétés occidentales.
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Mercredi 01 Mars 2006
Irak avant-hier, Iran demain matin : ce sera la “même” guerre
Nous ne devons pas croire que le président Ahmadinejad est un idiot. Depuis toujours je l’ai considéré comme un as de la manoeuvre et, les évènements le confirmant, son attitude relève de moins en moins de la provocation mais comme de la politique intérieure, voire de la préparation de son opinion au pire. L’escalade mesuré du conflit, pour l’heure diplomatique, entre l’Iran et la communauté internationale ne doit pas masquer la réalité. Les divergences entre les Russes et les Américains n’ont pas disparu, les zones d’influence non plus, bien qu’elles aient pu tourner à l’avantage des USA pendant quelques années après la chute du mur. En effet, la restructuration des pays relevant de l’ex-URSS, la déliquescence de l’armée russe et surtout de leur armement, a agi comme un masque. Nous sommes entrés dans une nouvelle diplomatie que nous devons intégrer dès aujourd’hui pour ne pas nous laisser influencer par les propagandes.
Les stratégies en place n’ont, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, plus rien de militaires. Si l’on se réfère à l’histoire des armées, on peut considérer qu’il y eut jusqu’à récemment deux types de conflits : ouverts ou contenus. L’après-guerre a néanmoins donné lieu au type de conflit que tout le monde connaît sous le nom de “guerre froide”. Ce fut un conflit d’un nouveau genre dans le sens où il s’agissait essentiellement d’un affrontement idéologique et diplomatique sans être armé, du moins directement. Le principe de guerre préventive a été internationalement inventé par George W. Bush sous le couvert de lutte anti-terroriste, initié avant lui par Vladimir Poutine en Tchétchénie, et il faudra dorénavant le considérer comme une forme de jurisprudence, ne soyons pas suffisamment naïfs pour en douter.
Que l’on ne se trompe pas, la guerre d’Irak, si improbable au regard des relations internationales qu’elle ait été, n’a été qu’un prétexte. Ce prétexte apparaît aujourd’hui non plus comme économique mais militaire. Nous sommes entrés dans une ère qui se base non plus sur une stratégie militaire de l’ombre mais sur une stratégie de l’ombre militaire. L’ombre d’un armement lourdement doté d’armes de destruction massive qu’était l’Irak, et l’ombre de capacité nucléaire destructrice que représente l’Iran d’aujourd’hui sont les deux faces cachées du même éclairage. Celui qui éclaire l’Axe du mal selon la lumière du bien. La guerre anti-terroriste apparaît mondiale et aucun territoire n’est à l’abri, nos voisins européens tant Espagnols que Londoniens ne pourraient que nous le rappeler. Croire que nous serions immunisés parce que nous n’avons pas participé à la dernière guerre en Irak serait de l’inconscience, les Français n’ont pas été épargnés par les prises d’otages. Jacques Chirac l’a bien compris, il a à ce sujet d’ailleurs étendu la possibilité d’utilisation de l’arme nucléaire aux dangers terroristes très récemment. La dissuasion nucléaire telle que nous la connaissons est dépassée puisque les conflits ne se dérouleront probablement plus jamais à l’échelle mondiale. L’économie est entre temps devenue globale. Les technologies militaires sont issues de tous les secteurs de la haute-technologie, la même qui est à l’œuvre dans tous les matériels que nous utilisons tous les jours et dont l’industrie n’a strictement aucun intérêt à voir diminuer la diffusion. Les pays où les risques de conflit sont les plus élevés, y compris en considérant ceux qui sont menacés par les occidentaux, sont les pays où la technologie est proportionnellement la moins répandue. Si l’on excepte les pays ne représentant quasiment aucun danger majeur, comme la Corée du Nord (qui ne dispose probablement pas d’arme nucléaire efficace), entre autres. L’Irak comme l’Afghanistan étaient dans cette situation, l’Iran l’est aussi aujourd’hui. Il est probable que l’Iran cherche à se doter de l’arme nucléaire, il n’est nul besoin d’être un “expert-spécialiste-es-terrorisme” pour le comprendre. Les puissances de la région sont aujourd’hui la Turquie et l’Iran, aussi rivales que le furent les USA et l’URSS, mais aussi Israël. Dans l’Axe du mal délimité par les États-Unis, l’Iran est donc pris en tenaille entre sa voisine la Turquie et Israël avec qui elle entretient des rapports pour le moins conflictuels depuis la révolution islamique. L’Irak était le premier fusible à griller après sa semi-défaite contre l’Iran, il ne lui restait plus qu’à sauter dans les faits. Ce qui fut réalisé à l’échelle de temps à laquelle se déroulent les relations internationales.
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